Hier matin, j’avais rendez-vous avec Carlos, non pas le terroriste des années 70 et 80 ; non pas le chanteur décédé qui aimait faire tirelipimpon sur le chihuahua, tirelipimpon avec la tête avec les bras, tirelipimpon un coup en l’air, un coup en bas, touche mes castagnettes, moi je toucherai tes ananas ; non pas mon coiffeur qui est rue Costedoat, à Bordeaux ; non pas Carlos Ghosn, qui est l’ex patron de chez Renault, en prison au Japon, si je ne m’abuse ; non, j’avais simplement un cours de gym prévu avec mon coach personnel mais, hier, ce fut inhabituel, limite exceptionnel : la salle de gym était fermée depuis lundi et seuls les trois entraîneurs particuliers avaient le droit d’y recevoir leurs « clients » pour faire le point avec eux pour la durée des travaux, jusqu’au début 2020. Sans fixer une date précise.

Ça m’a fait vraiment tout drôle qu’on se retrouve là-bas, tous les deux, rien que tous les deux. Bon d’accord, il y avait des ouvriers mais eux, ils ne comptaient pas, nous étions invisibles pour eux. Au pire, ils se sont dit que franchement les vieux (moi) étaient capricieux de vouloir quand même venir faire un cours avec son coach (Carlos) dans une salle fermée. À un moment, je me suis également dit que c’était sans doute la première fois que nous étions vraiment seuls, lui et moi, sans personne à l’accueil, sans autre prof, sans autre client, si on ne compte toujours pas les ouvriers. J’ai même pensé que ça pourrait être le lieu idéal pour un crime parfait. L’un des deux aurait pu profiter de cette configuration extraordinaire pour se débarrasser de l’autre. Encore aurait-il fallu avoir un mobile.

Comme j’avais un peu (beaucoup) mal à mon épaule gauche, à cause de ma tendinite, à un moment, Carlos m’a proposé de me faire un (petit) massage local. C’est la première fois depuis qu’il est mon prof de gym qu’il me suggère une telle chose. Sur le coup, je lui ai dit non. Il a légèrement insisté : « Ça va vous faire mal mais après, ça devrait vous soulager ! » « Mais vous insistez, Carlos ? » « Vous n’êtes pas obligé ! » Bon, je me suis laissé faire, je me suis allongé sur un tapis, là où il n’y avait personne d’autre et j’ai pensé qu’il avait peut-être une idée derrière la tête pendant que moi, j’avais une douleur dans l’épaule. Et il a appuyé, appuyé, appuyé exactement là où ça me faisait grimacer, gémir voire ahaner. Et j’ai pensé que si les ouvriers nous entendaient, ils seraient en droit de se poser des questions.