Ça y est, je sais ce que je devais faire, le 17 octobre, ça m’est revenu ce matin. Je devais aller déjeuner chez Chuchu, à Saujon, près de Royan. Déjeuner chez Chuchu avec Moumoune et leurs maris respectifs, deux ex. Non, pas deux ex petites amies, non, juste deux ex-collègues de la grande époque Scaïb, pas même Sonepar, juste Scaïb, la meilleure époque pour nous, celle des années 80, la période pendant laquelle nous avions de travailler au sein d’une même famille. Bon, c’est un peu con, si je devais y aller hier, le 17 octobre et que nous sommes le 18, même si j’appelle pour dire que je vais avoir du retard (un léger retard) mais est-ce qu’un jour entier de retard, ce n’est pas un peu beaucoup ? Je me demande si je ne devrais pas appeler Chuchu, pour tenter de savoir…

Allo ? Chuchu ? Oui, c’est Stéphane… Oui, je sais, je devais venir hier et je suis désolé mais…

Merde ! En réalité, ce n’était pas le 17 octobre que je devais aller à Saujon pour un déjeuner des anciens combattants mais le 16 et c’est encore pire, ça fait carrément deux jours de retard, maintenant. Et même si je pars de bonne heure, je ne suis pas certain qu’elle m’attende toujours, Chuchu. Et même si Moumoune devait passer trois jours chez elle, si ça se trouve, il y a encore des restes qu’on pourrait me servir à manger mais ça fait un peu cavalier de ma part. À moins que… À moins que je ne trouve une très, très bonne excuse. Quelque chose d’imparable, d’incontestable et d’irréfutable. Un truc du genre un enterrement ou une maladie grave. Même si je sais qu’on ne rigole pas avec ces choses-là. Non, je sais encore faire la part des choses. Et la part des gens.

Oui, Chuchu, je te laisse parler, excuse-moi… Pardon ? Ça s’est bien passé ? J’étais là ? Tu es sûre ?

Je ne comprends décidément plus rien à rien. Je pensais avoir raté la date de l’invitation chez Chuchu (qui n’est pas chez Sosh pas plus Chuchu que ce cher Serge) mais elle-même me dit qu’elle a été contente de me revoir, de me recevoir chez elle et qu’on a passé un très bon moment. La seule chose, c’est qu’elle a trouvé dommage qu’on doive partir aussi tôt, avec le président. Oui, je l’aurais prévenue qu’on avait une réunion de concertation pour le futur jardin de la Faïencerie, en bas de chez nous, avec le président. En même temps (coucou, Manu !), elle ne peut pas l’avoir inventé, ça, Chuchu. Et moi qui me croyais en cavale depuis ma fuite à Lyon et à Paris, en début de semaine, si ça se trouve, j’ai rêvé tout ça. Ou alors, je l’ai inventé. Pourtant, ça n’est pas du tout mon genre.