Comme je comptais inviter Jacques Chirac à mon anniversaire, dans quelques semaines, à l’occasion de mon passage dans la catégorie sexagénaire (qui c’est, Génaire ?), le fait qu’il soit décédé cette semaine, ça chamboule un peu tous mes plans. Parce qu’une fête d’anniversaire de 60 ans sans Chirac, ça n’est pas la promesse d’une soirée réussie. Alors, dans le doute, je pense que je vais m’abstenir et faire comme si de rien n’était.

Je peux très bien passer cette date un peu fatidique sans chercher à en profiter. D’un simple haussement de toutes mes épaules, je peux continuer mon petit bonhomme de chemin et avancer, quoiqu’il arrive. Et on verra bien ce qui se passera après. La seule chose qui me dérange, si je ne fais pas de cas de cet anniversaire à venir, c’est : que vont devenir mes soixante ans si personne n’en prend soin ? Je n’ai pas envie de les brader non plus.

Je pourrais alors en faire cadeau à une association. Il va juste me falloir être prudent quant à ceux à que je vais en faire don. Je ne peux décemment pas offrir mes soixante ans à la SPA ni à une association pour les enfants malades ou les enfants non scolarisés. Ils n’en auraient cure. Après, je peux voir pour les laisser en viager à des gens entre deux âges. Ou alors, les proposer aux Ehpad , ça pourrait intéresser des septuas, des nonas ou même des octos.

Je ne sais pas si ça pourrait leur servir car il ne faudrait pas qu’ils pensent que ça peut faire office de cure de jouvence (tiens, encore le mot « cure »! Que m’arrive-t-il ?), ça n’est pas mon objectif. Non, j’aimerais juste pouvoir offrir mon passage à cette nouvelle dizaine mais je ne veux pas donner de mon corps ni de mon esprit, ni aux petits plus vieux que moi ni à la science. Du moins, pas de mon vivant. Alors, encore une fois, je me tâte.

Finalement, peut-être que l’indifférence ou le mépris seraient les deux meilleures attitudes possibles face à cette échéance qui me pend au nez comme une goutte pour un enrhumé. Attention, je vais avoir 60 ans ! Soix… Soix… Soixante ans ! À mes souhaits ! Non, vraiment, tout ça n’est pas sérieux. Et je ne vois pas pourquoi je vais envisager la moindre fête sans Jacques Chirac. Après tout, hein, c’est encore moi qui décide, non ?