Oui, j’ai adopté une poubelle. Oh, pas une grosse, une que je peux emporter avec moi, pas trop lourde, pas trop grande, pas odorante. Une qui passe partout ou presque. Ce matin, quand j’ai pris le tram avec elle, pour la première fois, je l’ai cachée dans un autre grand sac avec tous les disques que je devais rendre à la bibliothèque, avant le 30 septembre ; un pain boule et le reste des tomates de Claire et Richard pour le patron mais aussi, des revues que je devais rendre à ce dernier : « Mieux vivre son argent », « Bien placer son capital » et « Les meilleures façons d’épargner » parce que je les ai vite parcourues sans y trouver mon bonheur. On le sait tous que l’argent ne fait pas le bonheur. Pas plus que l’or, d’ailleurs.

Et donc, dans ce tram du matin, vers 10h / 10h15, il y avait peu de monde et moi, j’ai continué de lire le bouquin que j’avais en cours et j’ai pensé à ma petite poubelle (je dis poubelle mais c’était juste un petit sac recyclable dans lequel j’avais jeté deux ou trois épluchures de tomates et quelques petites saloperies que j’avais faites en préparant mon plat de lasagnes aux épinards et au fromage de chèvre. Je n’allais pas remplir un gros sac pour si peu. Non, bien sûr. Comme je suis un peu fétichiste, j’ai décidé de l’emporter avec moi, de m’en faire un(e) ami(e). Après tout, les relations vraies, les relations sincères, ça ne court pas les rues. Et je pensais garder cette petite poubelle en guise de porte-bonheur.

Quand j’ai quitté le tram, place Pey Berland, j’ai pris un Vcub, vous savez, ces vélos en libre-service et j’ai filé à la bibliothèque en premier. Et en chemin, de-ci, de-là, cahin-caha, j’ai pensé que lors de la fouille, en entrant dans le bâtiment, j’allais avoir du mal à justifier cette petite poubelle. N’allais-je pas passer pour un terroriste ? Alors, la mort dans l’âme, je l’ai jetée délicatement dans une poubelle municipale. Elle s’y fera des amis avec d’autres petits sacs de détritus. Ça m’a fait un peu de peine. Mais je m’en remettrai, je le sais. On n’est pas restés suffisamment de temps ensemble pour que j’aie beaucoup plus de peine que ça. Non, en fait, j’ai menti. J’avais simplement oublié de la jeter en sortant de chez moi.