Chut, ne dites pas à mes parents que je ne suis pas leur fils, ils ne le savent pas…

Maman, j’ai quelque chose à te dire mais je voudrais que tu t’asseyes, avant tout. Parce que j’ai un peu peur de ta réaction. Surtout, penses à bien respirer comme on t’a appris à le faire en cas d’émotions fortes et dis-toi bien qu’il n’y a rien contre toi dans ce que je vais te dire mais bon, comme je pense que l’heure est venue que toute la vérité soit enfin dite, elle est donc grave, l’heure. Ça va, tu es bien installée ? Je peux y aller ?

Alors voilà… Tu sais, pour moi ce n’est pas facile non plus. Ce n’est pas facile de dire certaines choses. Et comme j’ai attendu très, trop longtemps, maintenant, c’est encore plus compliqué que si je l’avais fait avant. Mais assez tergiversé, voilà… Ça va ? Tu n’as pas soif ? Je vais quand même te préparer un verre d’eau, on ne sait jamais. Tu veux que je baisse la lumière, aussi ? Tu sais, si je prends autant de précautions, c’est pour ne pas aggraver le choc que tu risques d’avoir…

Bon, allez, on ne va pas y aller par quatre chemins : maman, je ne suis pas ton fils. Je ne te l’ai jamais dit avant car j’avais peur de te faire de la peine mais là, il fallait que tu le saches. Je ne suis pas ton fils. Et papa ne le sait pas non plus. Je lui dirai après. Ou pas. Pardon ? Ça n’est pas possible ? Je savais que tu serais dans le déni, je m’y attendais. Il va pourtant bien falloir que tu t’y fasses. Comment ça, tu me connais comme si tu m’avais fait ?

Justement, maman, c’est là qu’est toute la nuance : tu me connais comme si tu m’avais fait. C’est le « comme si » qui fait toute la différence. Tu ne me connais pas parce que tu m’as fait mais comme si tu m’avais fait. Parce que peut-être qu’au fond de toi, tu sais que je ne suis pas ton fils. Et je serais le fils de qui ? Tu veux vraiment tout savoir maintenant ? Tu ne veux pas d’abord digérer cette première grosse information ? Non, non, non, réfléchis bien avant de répondre.

Ça y est, tu as bien réfléchi ? Et alors ? Tu veux vraiment savoir de qui je suis le fils ? J’ai peur que ça ne t’assomme un peu voire beaucoup, si je te dis tout. Mais si tu insistes… Tu te souviens ce qu’on apprenait au catéchisme ? La vierge Marie et le Saint-Esprit ? Et le petit Jésus ? Eh bien, essaie de voir le lien avec toi et moi. Il n’y a jamais de coïncidence. Et le plus compliqué, surtout récemment, ça a été de te faire comprendre que je ne croyais pas en mon vrai père.

Oui, c’est ça, je suis le nouveau fils de Dieu. On m’a envoyé sur terre pour tenter de remettre un peu d’amour et d’ordre. Un peu d’amour et d’eau fraîche. Je dois t’avouer que je ne me suis jamais senti à la hauteur de ce qu’on attendait de moi mais bon, je vais encore faire une ou deux tentatives. Quoiqu’il en soit, pour toi, pour papa et pour toi, ça ne change rien. Tout ce que je vous demande, c’est de ne pas en parler autour de vous. À personne. Je dis bien à personne.

Et si jamais des journalistes venaient vous voir, on ne sait jamais, une fuite… Si jamais des journalistes venaient vous poser des questions, ne leur ouvrez pas la porte et ne leur parlez pas. Surtout s’ils sont dans une chaîne d’infos continues. Et pour ce qui est du futur, ne vous inquiétez pas, vous serez représentés comme il faut dans l’imagerie religieuse. Comme il se doit. Toi, maman, tu seras la deuxième vierge qui a enfanté. Et papa, lui, papa, il acceptera la chose en l’état.

Voilà, c’est pour ça que je ne voulais pas que ça soit quelqu’un d’autre que moi qui leur annonce ça.