Quand j’étais enfant, j’étais bon élève, surtout en primaire et au collège, après, je me suis un peu laissé aller parce que je trouvais que… bon… ceux du fond de la classe, avec leurs poils, pour les mecs ; leur début de poitrine, pour les filles et leur voix plus grave, pour les garçons, j’ai appris à me détourner de certaines matières et à penser que le plus intéressant n’était pas enseigné par les profs. J’ai quand même décroché mon bac (au buccal de rattrapage) mais bon, j’ai assez vite compris que les études n’étaient pas pour moi, une autre vie m’attendait quelque part, probablement pas là où j’habitais, chez mes parents, dans les Deux-Sèvres mais bel et bien à Paris, qui n’attendait évidemment que moi. J’y ai longtemps cru, je m’en suis longtemps persuadé, naïf que j’étais. C’était bien la preuve que j’étais un gars de la province, pas du tout au fait de vraies réalités.

Bref, j’étais un bon élève et j’en veux pour preuve que j’ai raflé tous les prix d’excellence possibles, en primaire et il était hors de question que celui qui était toujours deuxième, derrière moi, prenne ma place de premier. Je vous rappelle que je ne veux pas seulement qu’on m’aime mais surtout, qu’on me préfère, alors, si je ne peux pas être le premier, à quoi ça sert ? Donc, voilà quoi, j’étais un enfant presque modèle. Un peu renfermé sur lui-même mais sans problèmes. Du moins, apparents. Mais ce n’était pas pareil pour tous les enfants, en ce temps-là, à l’époque où la télévision était encore et toujours en noir et blanc et n’avait peut-être même qu’une seule chaîne. Ce n’était pas pareil pour tous les enfants scolarisés. Certains d’entre eux rencontraient quelques difficultés et, loin de leur jeter la pierre, comme aurait pu dire Sisyphe, la question était de savoir quoi faire d’eux.

C’est un peu brutal, cette façon de présenter les choses mais c’était comme ça que ça se passait, en ces temps-là. Et dans les années du collège, certains qu’on ne pouvait légalement pas faire sortir du circuit scolaire, se retrouvaient en situation d’échec programmé. On les mettait dans des classes de transition. C’était une façon élégante de dire qu’on ne mettrait pas trop de moyens pour les aider, ces enfants-là et ma foi, au moins, ils n’étaient pas livrés à eux-mêmes, dans la rue. Pourquoi je parle de tout ça ? Tout simplement parce que hier, samedi, pour moi, ça a été une journée de transition entre un vendredi joyeux et ensoleillé et un dimanche qui sera peut-être de nouveau sous des cieux plus cléments afin d’oublier l’entre les deux, nuageux, tristounet et même un peu pluvieux. C’est ça, c’est exactement ça, une journée pour rien, une journée pour devenir encore un peu pluvieux.