Décidément, cette année 2019 restera une année particulière, celle des retrouvailles avec des amis, copines, ex-collègues pas vues depuis une bonne vingtaine d’années, en moyenne. Ça signifie que pour certaines, si ça ne faisait que quinze ans, pour d’autres, probablement vingt-cinq. Mais que m’a-t-il donc pris ? Quel est cet (impérieux) besoin de nostalgie ? Une crise avant de passer l’arme à soixante ? Une peur et un refus de continuer d’avancer en âge ?

La valeur refuge des souvenirs (heureux), un peu comme un doudou. L’époque pendant laquelle j’étais jeune et peut-être un peu beau, je ne l’ai jamais vraiment su, ça. Quoiqu’il en soit, je me rends compte combien ça fait chaud au cœur de se retrouver ensemble, avec ces témoins d’un temps bel et bien révolu, un temps que les moins de vingt ans ne connaîtront jamais, une tranche de vie bénie d’entre toutes. Et en même temps, ça donne un peu le vertige.

Parce que ça reste la preuve irréfutable, la circonstance aggravante du temps qui passe mais surtout de celui qui a passé. On a beau se dire qu’on n’a pas changé, qu’on se serait reconnus si on s’était croisés dans la rue sans savoir qu’on allait le faire, non, non, non, on a changé et plus rien n’est tout à fait comme avant. Et vendredi, quand je vais recevoir Claire et Chuchu avec leurs maris, que je ne connais pas, eux, ça va me faire drôle. Tout d’un coup…

Peut-être que je devrais réduire le champ de mes actions de reconquêtes ? Pourquoi ne pas envisager de revoir des gens perdus de vue depuis moins longtemps ? Tiens, par exemple, mes ex-collègues dans le mareyage, domaine que j’ai quitté fin mars, donc, depuis cinq mois et quelques mais comme j’en ai revu plusieurs entre temps, mettons depuis trois mois. La charge émotionnelle serait nettement moins forte.

Et pourquoi ne pas chercher à revoir des gens que je n’ai pas revus depuis seulement la veille ? Nous serions quand même contents de nous revoir. La joie serait moins surprenante et sans doute moins importante mais elle serait là. Et ça serait peut-être plus dans mes moyens, allez savoir. Ou alors chercher à revoir des gens pas encore vus ? Pour le coup, je ne devrais pas ressentir d’émotions fortes, là. Mais c’est peut-être ça dont j’ai envie, des émotions fortes.