J’ai un gros défaut. Je n’en ai qu’un seul, de défaut mais il est gros. Il est plus gros que le chapeau de Mireille mais plus petit que mon ego. C’est tantôt facile à vivre, tantôt un peu pénible. À la longue, on s’y fait. Mais ça peut s’avérer fatigant, parfois. Parce que je m’épuise. Mon défaut m’épuise en moins de temps qu’il ne faut pour m’en rendre compte. Quel est-il ? Mon seul défaut : c’est que je cours tout le temps et comme je cours tout le temps, je fais tout trop vite, je suis toujours dans la précipitation et donc, parfois, je ne fais pas attention à ce que je fais et je fais des conneries. Ou des gaffes. Ou des bêtises. C’est toujours plus ou moins réparable mais néanmoins, j’en suis toujours de ma poche vu que ça m’occasionne du stress, de la sueur et parfois, de la honte. Et quand je dis ça, ce n’est pas une vue de l’esprit, non, j’ai réellement honte et des auréoles sous les bas, à chaque fois.

Je me souviens, entre autres, de cette anecdote, il y a plus de trente ans. Bernard m’attendait à la gare d’Ermont-Eaubonne, dans le Val d’Oise, là où nous nous retrouvions après une journée de boulot et du temps largement perdu dans les transports en commun. Ce soir-là, il faisait déjà nuit, vers 19h, nous nous apprêtions à retourner à Saint-Prix, entre un bois sombre et le ciel bleu, en haut sur la colline qui joint Montlignon à Saint-Leu. Bernard s’est arrêté à un rond-point où se trouvait une boulangerie et pendant qu’il est resté au volant, je suis allé en courant pour prendre une baguette et j’ai attendu mon tour, en courant et je suis revenu à la voiture, toujours en courant. Et en ouvrant la portière côté passager (le mien), j’ai vu mon sac Fnac plein de magazines, de papiers, de cahiers… renversé sur le sol. Bernard avait dû bouger la voiture d’un coup brusque, peut-être impatient…

Je me suis tout de suite écrié : quel bordel, tout s’est renversé ! Tout en me rendant compte que l’odeur de la voiture n’était pas celle que je connaissais. J’ai alors relevé la tête et j’ai vu un inconnu assis, au volant, qui me regardait d’un air ahuri, stupéfait. J’ai alors compris ma méprise. J’étais revenu en courant à la voiture de Bernard mais lui, comme les gens en double file avaient avancé un peu, en avait fait autant et moi, j’étais simplement revenu là où je pensais qu’il était encore. Je me suis excusé en bafouillant. Et je suis reparti vers l’auto qui m’attendait. Rouge de confusion et avec une belle suée sous les bras. Et aujourd’hui, pareil. Non pas que je me suis trompé de voiture mais en faisant la lessive, j’ai laissé deux mouchoirs en papier dans un blouson. Je ne vous dis pas les bouloches et les peluches. Il n’y a qu’un blouson qui en est atteint. Mais je vais devoir le brosser.