Quelle coïncidence amusante quand les (grands) esprits se rencontrent ! Dimanche, je suis allé voir la rétrospective Sempé au Musée de la Mer et de la Marine, à Bordeaux, à quelques coups de pédales de vélo de chez moi. Parce que même si je lui préfère Geerts et son humour plus cruel, j’aime bien le dessinateur Sempé, bordelais ou presque, puisqu’il est né à Pessac, dans la communauté urbaine de Bordeaux.

Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant la citation à l’entrée de la première salle : « Le matin, je me dis qu'est-ce que je vais faire, voyons. Qu’est-ce que je vais faire ? Qu’est-ce que j’ai envie de faire… ? Je suis toujours en quête. Le matin, je suis un mendiant. Le soir, je suis rarement riche, hélas ! Mais je trouve toujours un truc à terminer, à avancer… Oh, je me joue beaucoup la comédie ! » Incroyable, non ?

Comment ça, qu’est-ce qui est incroyable ? Ça ne vous a pas sauté aux yeux ? Je ne sais pas ce qu’il vous faut. Allez, faites un effort, juste un petit effort et si vraiment vous ne trouvez pas, je vous donne un indice. Relisez le billet d’hier. Celui dans lequel je me confie, dans lequel je me mets à nu au propre et au figuré en vous parlant d’une chose très intime : le fait que je ne m’ennuie jamais. Et maintenant ? Tilt ?

C’est exactement, à peu près, à quelques différences près, ce que j’ai écrit de moi, sur moi. Comme quoi, il y a plagiat dans le comportement. Et Sempé me connaît finalement mieux que ce que je croyais. En tout cas, je pensais le connaître mais lui, tout compte fait, il me connaît bien. La seule chose, c’est que s’il pense comme moi, il ne dit pas les choses de la même façon que moi. Et ça peut porter à confusion.

La confusion, c’est qu’on pourrait croire qu’on n’a ni la forme, ni le fond en commun. Bien sûr, moi, je n’ai pas son talent, je ne sais pas dessiner. Mais je le mets au défi de faire une illustration avec une légende dans laquelle il n’y aurait aucune lettre qui dépasse. Alors que moi, même si je n’ai pas totalement et correctement relevé le défi, je l’ai relevé. Alors que Sempé, non. Jamais il n’a réussi cet exploit-là.

Cependant, je reconnais que ce fut un bonheur de voir ou revoir certains de ses dessins, parfois en format géant. Car ce qui vaut, chez Sempé, c’est la profondeur de son propos, image et texte réunis. Il a tout synthétisé : le poids des mots et le choc des photos. Combien de fois, dimanche, n’ai-je pas pensé, en regardant ses œuvres exposées : c’est génial ! Ce mec est génial. Peu importe qui il est vraiment, il est génial.

Et ma foi, il faut le reconnaître, ce fut aussi un coup dur pour mon ego. Je me suis dit que la concurrence était vachement rude. Je le savais déjà mais là, sous mes yeux, c’était implacable. Alors, j’ai oublié qui j’étais et je me suis laissé aller à prendre du plaisir sans réfléchir. Enfin si, parce que les dessins de Sempé, ils poussent à se poser plein de questions. À aller voir au-delà des apparences. Et rien que pour ça : bravo et merci.