Hier, je parlais de ma future crémation (pas encore bien définie au niveau de la date) et je sais donc que je ne serai jamais dans un cimetière. En tout cas, pas dans le cimetière des oubliés. Pas non plus dans le cimetière des pas perdus (pour tout le monde) ni dans celui des innocents (j’ai toujours les mains pleines car toujours occupées) et encore moins dans celui des mots doux. Pourtant, j’aurais pu jouir d’être enterré dans un endroit plein de mots même s’ils peuvent ne pas être tous doux.

Le cimetière des oubliés, quelque part, ça me fait un peu fantasmer car quoi de mieux, comme défi, quand on aimerait laisser une trace que se retrouver dans un coin destiné aux oubliés pour ce que presque tout le monde imagine être une éternité. Moi, l’éternité, ça ne m’intéresse pas. Ni vivant, ni mort. Et je n’envie ni Noé, qui a vécu entre 600 et 700 ans (si je ne me trompe pas) ni sa femme dont on dit qu’on ne connaît pas le nom car la Bible ne le mentionne pas. Ou alors, peut-être Naama…

Le cimetière des innocents est également une option qui pourrait m’attirer mais je doute que je puisse y entrer. Le videur de l’entrée risque de me dire que je n’ai pas la carte de membre actif comme il se doit. Comme il se devrait. Parce que comme je culpabilise facilement pour tout et n’importe qui, je risque de m’y retrouver dans une situation inconfortable, le cercueil entre deux chaises. Ce qui pourrait à la rigueur se faire si c’est au père Les Deux Chaises, à Paris. Sinon, non.

Le cimetière des mots doux. Je sais que ça existe car c’est le titre d’un livre pour enfants mais moi, ce qui m’a attiré (je ne l’ai pas lu, le bouquin), c’est justement son titre. Je suis assez fétichiste des titres d’ouvrages. Parfois, je peux acheter un roman juste pour son titre (trois fois le même mot en trois ou quatre phrases !...) et là, je m’imagine au cimetière des mots doux, sortant parfois de ma léthargie pour en voir un passer, un qui me consolerait de ne pas avoir vécu tout ce que j’aurais aimé vivre.

Non, mon préféré, c’est le cimetière des pas perdus. Parce que celui-ci, je sais qu’il n’existe nulle part ailleurs que dans mes pensées voire mes idées, noires ou blanches. Je sais que là, personne ne reste vraiment immobile. La vie y est plus forte que tout le reste. On y trouve des immortelles à foison et les fruits qu’on peut y trouver sont les meilleurs du monde. Ils poussent grâce à la force du souvenir de tous ceux qu’on n’a pas connus. Et ça, ça, c’est un des miracles de la vie. Peut-être même le seul.