Je viens de me rendre compte que je vais tellement vite que je me prends moi-même les pieds dans le tapis de ma vie. Je m’en suis aperçu avant-hier alors que j’étais sur les quais, en rentrant du centre-ville, histoire de m’aérer un peu et de marcher, marcher, marcher et soudain, après avoir pris une pause près de la nouvelle statue, inaugurée en mai dernier, celle de Modeste Testas, pendant un bon moment, je suis reparti pour rentrer chez moi et j’étais déjà fatigué avant même de mettre un pas devant l’autre. Donc, je pense que mon corps a ses raisons que mon esprit ne connaît pas et, par la même occasion, des limites au-delà desquelles, mon billet n’est plus valable. Ça ne m’arrive pas souvent, ce genre de coup de mou et donc, forcément, ça m’a intrigué. Ça m’a interpellé.

Hep, toi, là, ralentis et arrête-toi ! J’ai fait ce que je me suis demandé, exactement dans cet ordre-là car je ne suis pas encore capable de m’arrêter avant de ralentir mais j’y pense et comme j’y pense, je crois que je vais travailler la chose dès que j’aurai un moment de presque libre. Un moment de moins d’activité. Un moment de peu. Et avant-hier, pour en revenir à ce que je disais un peu plus haut, et avant-hier, donc, j’ai pris conscience que je veux tellement faire de choses à la fois, que je vais tellement vite pour tout, en général, que je suis désormais capable d’être fatigué avant d’avoir commencé. Je vais également très vite pour me poser des questions et si vite que parfois, j’ai la réponse avant même d’arriver au point d’interrogation. Et dans ces cas-là, je me dis que…

Je ne me dis pas grand-chose parce que je n’ai pas le temps, en réalité. Je n’ai pas le temps parce que je suis déjà sur autre chose. Ou sur quelqu’un d’autre. Au suivant ! Et tout en faisant ce que je fais, je pense déjà à ce que je ferai après. À ce que j’ai pu oublier de faire. Mes neurones ont d’ailleurs déjà crié grâce, pitié et s’il vous plaît en me tendant la main : un moment de répit, s’il vous plaît ! Et moi, comme je n’ai pas le temps de m’arrêter à ce genre de détails, je hausse les épaules mentalement et je continue mon bonhomme pressé de chemin. C’est ainsi que j’ai toujours fonctionné et que je fonctionne et que je fonctionnerai encore jusqu’à la fin. Qui sait si le jour de ma crémation, je ne penserai pas déjà à récupérer mes cendres avant qu’on n’allume le feu. J’en suis capable.