Ça, c’est ce qu’on appelle un lancement. C’est la première phrase du texte écrit uniquement avec des lettres qui ne dépassent pas les frontières des lignes d’un cahier à carreaux. Avec des lettres qui ne dépassent pas les bornes. La syntaxe n’est pas extraordinaire car on ne doit surtout pas dire qu’on va aux camions mais qu’on va chez les camions. C’est comme pour quand on va au docteur. Ça dépend si on y va pour une consultation médicale (on va alors chez le docteur) ou pour un plan cul (on va au docteur) mais moi, mardi après-midi, je suis allé chez le toubib, ni plus, ni moins. Juste pour parler. De la pluie et du beau temps. Histoire de voir quelqu’un d’un peu différent de ceux de mon entourage immédiat. Parce qu’on m’a dit que quand on arrêtait de travailler, il ne fallait pas s’enfermer mais continuer à voir du monde, comme quand on bossait, bien au contraire.

Et donc, Nora, qui n’a pas beaucoup de culture, elle ne sait pas qu’on dit qu’on ne va pas aux camions mais qu’on va chez les camions. Je ne peux même pas lui expliquer que si elle dit qu’elle va aux camions, c’est comme si elle faisait la pute avec les routiers qui font des haltes sur des aires d’autoroute car elle ne sait pas ce que c’est que faire la pute vu que c’est un mot qui ne fait pas partie de son vocabulaire. Le mot pute a deux lettres qui dépassent et ça, ça n’entre pas dans une éducation qui se respecte depuis la loi Philippe du 14 juillet 2019 (voir le commentaire du premier ministre à mon billet du même jour) mais surtout, Nora, je pense qu’elle a un certain retard intellectuel. Elle a des obsessions et ça, c’est flagrant quand on la connaît un peu mieux. Mais je ne peux rien vous dire de plus. Ça fait partie du texte sur lequel je travaille en grand secret.

Après, je pourrais vous donner quelques mots, quelques indices pour vous mettre l’eau à la bouche mais encore faudrait-il que je sente qu’il y a une véritable attente, derrière tout ça. Que vous soyez suspendus à mes lèvres comme le fou à son pinceau quand on lui a retiré l’échelle alors qu’il repeignait son plafond. Je pourrais vous dire que dans le texte qui finira bien par arriver, il est question de Macron. Mais attention, pas Emmanuel Macron, juste Macron. Tout comme il y aura d’autres personnages comme Xavier ou Romain ou encore Monica mais là, je crains de perdre un peu mon âme en vous en disant trop. Et en ne répondant plus à la clause de confidentialité à laquelle je suis tenu depuis qu’on m’a demandé de… Qu’on m’a demandé de… Pardon, monsieur, mais vous pouvez me répéter la question, s’il vous plaît ? Là, j’ai comme un trou, je ne m’en souviens plus.