Oui, je suis toujours sur le défi qu’on m’a lancé, en pleine réflexion. Je profite de ces quelques jours de vacances pour jeter les bases d’un texte qui essaiera d’être à la hauteur de ce qu’on attend de moi. Entre deux préparations culinaires, des courses à gauche, des courses à droite, du rangement, des idées de menu et autres questionnements touchant à l’intendance en général et en particulier, je cherche et je trouve des mots qui n’ont pas de lettre qui dépassent. Qui dépassent de la ligne. Le suspense est total et la tension à mon comble. Je n’irai pas jusqu’à dire que c’en est devenu une obsession mais pas loin. Je me couche en faisant attention à ce que rien ne dépasse et je finis par avoir peur pour mes abattis. Pour mes petits abats. Je n’aimerais pas finir abattu pas cette histoire.

J’ai plein de questions à poser à mon lanceur de défi (en espérant que ça n’aura pas un effet boomerang pour lui) : d’abord, oui, j’ai bien compris qu’on ne devait rien avoir qui dépasse de la ligne mais si on prend la lettre C, ai-je malgré tout droit à l’utilisation de la cédille ? Avec parcimonie, cela s’entend. Et qu’en est-il pour les accents ? Rien de grave, va-t-on me répondre en voulant faire un mot d’esprit que j’apprécierai, certes mais qui ne répondra pas à ma question comme je le souhaite. Et les accents ? Ai-je droit aux aigus, aux circonflexes, aux trémas et même à certains trémolos ? J’aimerais tout savoir d’avoir trop avancé dans l’écriture de ce texte qui restera dans les annales alors que logiquement, il ne pourrait rester que dans les anus, là où rien ne dépasse de la ligne.

Ne pas dépasser de la ligne. Ne pas franchir la ligne. D’accord, j’ai bien compris ce qu’on attend éventuellement de moi : savoir ce que j’ai dans le ventre et dans le ciboulot. Mais et les accents ? Moi, je n’en ai pas, en théorie, hormis sur le premier E de Stéphane mais dans l’histoire que je vais tenter de construire ? Et la ponctuation ? Ai-je droit à l’exclamation ? À l’interrogation ? À la simple virgule ? Non, vraiment, j’ai trop besoin de savoir quelles sont les règles les plus limitées du défi. Pour l’instant, j’avance dans la perplexité, dans le doute et normalement, la raison voudrait que je m’abstienne mais au lieu de m’abstenir, je vais me contenter de tenir bon. Et de m’accrocher à ma volonté et à la fierté de réussir ce qu’on me demande. Alors, puis-je garder les accents, monsieur ?