Elle m’énerve cette mouche qui veut rentrer. C’est comme pour le moustique, d’hier matin, alors que le jour se levait à peine (et encore, c’est parce que je lui ai demandé plusieurs fois de sortir du lit, sinon, il serait resté couché, le jour), j’étais sur le canapé en train de vaquer à peu de choses pour ne pas dire rien et soudain, alors que je regardai dehors, j’aperçus un moustique comme collé à une des fenêtres mais néanmoins portes qui donnent sur la terrasse. Je crois qu’il voulait entrer. Et peut-être uniquement pour me sucer. Le sang. Mais moi, je ne suis pas un mec facile, enfin, ça dépend avec qui mais je ne suis pas ici pour donner des noms, c’est totalement incongru et hors de propos. Et puis ça avancerait à quoi que je dise avec qui j’aimerais bien que ?…  Ou avec qui je n’aimerais pas ça ?... De deux choses l’une, soit je dévoile des noms, soit je me tais. Je me tâte. Je vais voir.

Je disais donc que ce moustique (je n’ai pas vu s’il était tigre ou pas) mais quoiqu’il en soit, je ne supporte pas les insectes en général (et les mouches, moucherons et moustiques en particulier – en gros, je n’aime pas les insectes dont le nom commencent par « mou » et pareil pour tous les autres) et par conséquent, je ne vois pas pourquoi je les laisserai pénétrer mon intimité comme ça, tout de go. Qui plus est, sans préliminaire. Parce qu’on peut aimer la chose mais rester un grand romantique, ceci n’exclut pas cela et inversement. Bref, je n’avais aucune raison de faire entrer ce piqueur, ce suceur de sang si ce n’est celle de lui claquer la gueule contre un mur mais ça aussi, ça m’embête car ils sont tous blancs, dans le séjour et je n’aime pas quand ça laisse des traces. Alors, je l’ai ignoré. Et j’ai continué de faire comme si de rien n’était. Et au fond de moi, je l’avoue, j’ai un peu jubilé.

En réalité, j’ai fait semblant de l’ignorer car régulièrement, je vérifiais s’il était toujours là ou pas. Et je lui ai même tiré la langue. Je lui ai fait un doigt d’honneur. J’ai même haussé les épaules pour lui montrer que je me foutais complètement de lui. Tant que j’étais à l’abri, j’étais le plus fort des deux, je ne craignais rien. Malgré tout, j’aimerais dire quelque chose et que ça se sache partout, dedans et dehors : chez moi, ce n’est pas la maison du bon Dieu des insectes. D’ailleurs, je suis sûr qu’ils n’ont même pas un Dieu, les insectes. Comme moi. Ou alors, leur Dieu, c’est une tapette et moi, je suis le roi des tapettes. À mouche !  Il n’empêche que si je voulais être un peu salaud, je dirai avec qui je n’ai pas envie de faire ça. C’est plus vachard que de dire avec qui j’aurais envie. Mais c’est bien aussi de ne rien dire et d’écraser de mon mépris ceux qui ne m’intéressent pas. Comme pour le moustique.