Après tout, il n’y a aucune raison que je dévoile plein de choses sur ma vie privée et que celle du président (de son vrai nom, Solange) reste cachée à tout mon public. À tous mes fans. Et je pense que ça ne peut que lui faire du bien si je lâche quelques informations sans conséquence. Après tout, à force d’en parler, tout le monde doit penser que c’est une arlésienne, le Solange mais non, il existe bel et bien et même plutôt bien que bel. Je sais, ce n’est pas très gentil mais ce n’est pas moi qui l’ai dit en premier, c’est lui. Solange fait toujours la grimace quand il se voit dans une glace. Un cornet avec deux boules : citron-cassis. Ou alors, vanille-pistache. Ça dépend de ce qu’il a mangé avant.

Solange est plus vieux que moi, d’une bonne petite quinzaine d’années (une petit quinzaine, ça peut équivaloir à 14 et une grosse quinzaine, ça peut faire 16, en revanche, je ne sais pas comment on qualifie une quinzaine de seulement 15 – une équipe de rugby du même nombre ?) et a exercé plein de métiers tous aussi différents les uns que les autres. Plutôt les uns que les autres, d’ailleurs. En vrac (car peut-être pas tout à fait dans l’ordre vu que je n’étais pas né quand il a commencé sa carrière professionnelle), Solange a été vendeur chez Le vieux Campeur à Paris (alors qu’il n’aime pas le camping, surtout pas à Paris) mais aussi vendeur aux Galeries Lafayette au rayon tapis à Nice.  

Solange a eu son propre magasin de lingerie pour homme mais ça n’a pas marché car la dentelle, quand la mode était encore en noir et blanc, à l’époque, ça ne marchait pas bien pour les messieurs, ça faisait un peu pédé. Et il a eu son propre magasin de cadeaux et accessoires de la maison. À moins que ça n’ait été accessoires de la maison et cadeaux, je ne sais toujours pas, nous ne nous connaissions pas encore en ce temps-là, un temps que les moins de vingt ans ne pourront jamais connaître. Il a été danseur, chorégraphe, professeur de danse et chanteur lyrique dans une chorale mixte et ça, ça tombait plutôt bien vu qu’il s’appelle Solange. Solange pur, Solange radieux…

Il a également élevé des cailles mais comme il n’a jamais eu une très bonne vue, il a vite changé son fusil d’épaules et a changé les cailles en poulets car c’est moins facile de marcher sur une caille que sur un poulet en faisant des pointes et des arabesques dans une cour de ferme. Dans l’étable, il a installé des bureaux pour que les vaches vendent directement leur lait au téléphone avec un casque sur les oreilles, ce qu’on a ensuite appelé la télévente mais le plus dur a été de les former à l’informatique naissante et taper sur un clavier avec des gros sabots, ça n’a pas pu durer longtemps, ça demandait un tel investissement permanent pour les changer, les claviers.

Enfin, Solange s’est intéressé de très près à la banque. Après avoir compris qu’il ne pourrait pas faire un casse tout seul, dans le quartier de la Défense, à Paris, il a décidé de se mettre plutôt à son compte comme informaticien à l’époque où ça ne faisait que balbutier. Il a même été jusqu’à être responsable informatique d’une salle des marchés. Des marchés aux volailles, bien sûr. Et aux bestiaux, accessoirement, si je puis dire. Et depuis des dizaines d’années qu’il est en retraite, Solange est guide bénévole de Bordeaux et spécialiste en conseils syndicaux. Une vie bien pleine, quand même. Ça méritait qu’on s’intéresse à lui, non ? Enfin surtout vous car moi, il me l’avait déjà raconté.