Si je vous dis, après les confidences que je vous ai faites hier, que ma vie n’a aucun intérêt en soi, c’est que le sais, quand même. S’il y en a un qui doit le savoir, c’est bien le mec moi. Et je ne cherche pas à faire mon immodeste, ça ne me ressemble absolument pas, non, je cherche juste à dire ou rétablir une vérité (pour ne pas dire LA vérité) afin que les choses reviennent dans l’ordre. Et que chacun chez soi et les moutons sous le lit, seront bien gardés.

Oui, je dois forcément le reconnaître, jusqu’à présent, je n’ai vécu qu’une (vécu-cu ?) vie ordinaire, banale voire anodine. J’ai connu des hauts et j’ai connu des bas mais il n’y a jamais eu une grande amplitude entre les deux. Au mieux, les choses les plus extraordinaires que j’ai pu vivre, ce fut par procuration, à travers l’écriture. Et dans mes rêves, non, dans mes fantasmes les plus fous et les plus libérés. Les plus délivréééééés. Pardon, je me suis égarééééé.

Je n’ai jamais connu de choses vraiment dramatiques, quelques incidents de parcours (incidents au sens le plus objectif du terme) mais jamais rien de grave. Mes parents, qui ont tous entre 83 et 86 ans (mais combien sont-ils ?) sont encore mariés. Et les seuls véritables moments de déprime n’ont jamais duré bien longtemps. À peine quelques petits chagrins d’amour ou d’amitié et éventuellement quelques entorses au règlement et quelques foulures…

Bien sûr, j’ai eu à me battre pendant quarante ans (environ) contre ces putains de migraines qui n’ont fait que me faire du mal physiquement et moralement mais à côté de nombreuses autres maladies bien plus graves voire mortelles. J’ai connu très peu de gens morts et ai assisté à encore moins d’enterrements. Bref, je pense que j’ai été un privilégié et c’est pour ça que parfois, je me dis que ce serait bien que ma mort soit dramatique.

C’est pour ça que j’insiste bien : ma vie n’a vraiment pas un grand intérêt et je suis peut-être le seul à le savoir mais c’est à moi d’en informer le monde qui m’entoure. Ça pourrait être la croisade de cette troisième partie de cette vie banale qui est la mienne. Partir sur les chemins et parler aux gens que je vais croiser en leur expliquant que ma vie n’a aucun intérêt mais pas que. Non, il me faudra aussi leur dire pourquoi et comment. Sinon, ça n’aura pas de sens pour eux.

Ce n’est pas un constat amer que de faire ce bilan moyen. Je le sais que je n’ai pris pour ainsi dire aucun risque dans ma vie. Je suis presque toujours resté sur les rails d’un certain train-train et si mon histoire aura été un long fleuve presque tranquille, c’est peut-être parce que ses eaux auront été alimentées par toutes les larmes que j’aurais pu verser à chaque fois que j’ai pu être triste ou joyeusement ému. Ou tristement abandonné.

Voilà, ce billet n’est pas un testament. En tout cas, ça ne s’en veut pas un, c’est juste que je ne voudrais pas qu’on puisse penser que je suis le nouveau messie. Ni un de ces si nombreux nombrils du monde. Le soleil ne se lève ni ne se couche dans le mien. En revanche, il se pourrait bien que la lune… peut-être, je vais vérifier ça dès ce soir. Parce que même pour ça, je n’ai aucun talent extraordinaire, je dois attendre qu’il fasse nuit.