Putain ! J’ai oublié de compter les prunes, l’autre jour ! Merde, merde, merde ! Et puis maintenant, c’est un peu tard pour revenir en arrière. Il faut dire qu’avec cette histoire de triste abandon, j’ai dû avoir la tête ailleurs et je me suis un peu déconcentré sur le reste. C’était bien la peine qu’on les pèse les prunes si on ne sait pas à quoi correspond sept kilos deux cents grammes moins la bassine qui les contenait. Mettons que cette dernière pèse 200 grammes, à vue de nez de balance, ça faisait sept kilos de prunes, un chiffre impair, assurément un bon signe pour la suite. Mais j’ai abandonné qui vous ne savez pas et je suis passé à autre chose, j’ai fait un aller et retour de deux jours à Bordeaux avant de retourner à Biscarrosse et ceci et ceci, et patin et couffin. Et patati et patata. Et au milieu, ne coulait pas une rivière, mais du temps a passé et je suis resté sur mon quant-à-moi.

Alors hier, quand j’ai mis les deux gamelles de prunes au sucre sur la plaque à induction pour que ça commence à cuire, je n’ai pas pensé une seconde que ça m’aurait vachement rassuré de les avoir comptées mais quand je m’en suis rendu compte, c’était trop tard, on avait déjà retiré (presque – car je ne suis pas certain de ne pas en avoir laissé quelques-uns – des récalcitrants) tous les noyaux et une partie des peaux, je me suis dit que à quoi bon compter les noyaux si je ne pouvais pas comparer le résultat avec le nombre de prunes. Comme ça, on aurait fait un inventaire et l’idéal, ça aurait été de tomber juste à trois près. Oui, je me serais laissé une marge de trois. C’est comme quand j’écris, j’ai une marge de trois paragraphes par jour. En tout cas, sept kilos de prunes, ça en fait du jus et comme je n’ai pas mis de gélifiant, pour l’instant, la confiture, elle est très, très liquide. 

C’est ma première fois. C’est la première fois que je me lance dans une fabrication de confiture maison. Claude ne peut plus s’en occuper. Alors, avec le patron, on s’en est chargés. On verra ce que ça donnera. Hier soir, je suis revenu à Bordeaux, il mettra du gélifiant aujourd’hui et advienne ce que pourra. Ou adviendra ce que pourrit. Moi, de mon côté, j’ai eu des regrets et des remords et comme j’ai retrouvée celle que j’avais lâchement abandonnée, je suis allée la voir et je me suis confondu en excuses et je crois qu’elle m’a pardonné et nous nous sommes remis ensemble. Pomponette était de retour. Nous avons passé un bon voyage de retour, tous les deux, elle et moi et nous avons chanté à tue-tête sur l’autoroute et nous étions probablement heureux. Et puis, j’ai pensé à vous, vous qui me lisez. Devais-je vous dire ce qui s’était passé ? Peut-être pas. La vie, c’est ça, aussi.