Hier, j’ai beaucoup évoqué ma lâcheté d’avant-hier en me prenant au jeu de l’écriture, en voulant faire des effets de style, en voulant montrer que j’en avais dans la culotte, j’ai voulu faire mon petit mâle histoire de bien noyer le poisson (pour ça également, je suis fort – même si j’ai travaillé pendant quatorze ans et une semaine chez un mareyeur, le spécialiste des poissons morts, je reste un champion du poisson noyé) mais j’ai bien conscience que j’ai laissé tous mes fans sur leur faim. Parce que tout le monde a dû se demander de qui je pouvais bien parler ainsi ? Qui avais-je eu le culot de licencier de la sorte, sans préavis et sans aucun courage, juste en douce. Une rupture à l’anglaise, ni plus, ni moins. Qui j’avais osé répudier sans lui laisser la moindre chance de négocier.

Mais moi, à mon âge, je ne négocie plus. Vous comprenez que pendant près de 45 ans (je ne compte pas les 15 premières années de ma vie où je me suis laissé un peu porter par les événements), j’ai passé mon temps à faire des compromis, des caprices, des actes manqués et des actes réussis, des valses-hésitations pour finir par trancher dans le vif du sujet avant de me rétracter, des va-et-vient en veux-tu en voilà, bref, à  négocier, quoi. Un peu à faire la pute, aussi, il faut bien le dire. Alors, là, avant-hier, comme nous étions à Biscarrosse, j’ai fait comme j’ai pu. Pour une fois, j’ai pris une décision qui ne souffrait d’aucun appel ni d’aucun recours. J’ai choisi d’agir comme si je faisais tout par contumace. Et si on m’interroge, je ferai l’innocent. J’ai toujours les mains pleines d’innocence.

Et donc, puisque je n’arrive toujours pas à expliquer de qui je parlais, de qui il est question, de qui j’ai laissé en plan, comme ça, un 1er juillet comme un animal attaché à un arbre sur une aire d’autoroute le premier jour des vacances. Je suis parti avec une autre. Je n’y peux rien. Je n’avais presque rien prémédité puisque j’ai tout plus ou moins décidé la veille au soir, tard. Et la nuit m’ayant conforté dans ma pensée pas même honteuse, le matin, avec le patron, nous avons tout validé en l’état. Et je suis parti avec une autre. Et tant pis pour celle que j’ai laissée là-bas. De toute façon, je ne me fais pas plus de mouron que ça. Quoiqu’il en soit, si ça intéresse quelqu’un de savoir de qui je parle, je peux le dire mais encore une fois, je crains que je n’aie plus assez de place. Une autre fois, alors ?