Ouais… Comme si on pouvait être joyeusement abandonné !... Mais, juste pour préciser ma pensée et ma volonté de me faire totalement comprendre, si j’ai tant insisté en accolant « tristement » à « abandonnée », j’ai voulu faire le fort en thème avec cet effet de redondance mais je sais, humblement, que j’aurais pu faire mieux en me servant d’anaphore voire d’épiphore car je me considère assez fort en ana et en épi. À mes heures perdues. Qui ne se rattrapent guère, qui ne se rattrapent plus. Mais je crois que je maîtrise assez bien la répétition, l’accumulation et même la gradation. Dans ce cas, si vous voulez que je vous montre, je vais vous le montrer et pas plus tard qu’au paragraphe suivant, juste après le point de celui-ci. (Je suis également maître en remplissage !)

Tristement quittée, tristement délaissée, tristement négligée, tristement plantée, tristement répudiée, tristement rompue, tristement lâchée, tristement soustraite… Vous en voulez encore ? Tristement abandonnée. Lâchement abandonnée. Malheureusement abandonnée. Fâcheusement abandonnée. Tragiquement abandonnée. Médiocrement abandonnée. Lamentablement abandonnée. Misérablement abandonnée. Et maintenant, on passe à la vitesse supérieure : je n’ai pas eu le courage de lui dire et je l’ai tristement abandonnée. Je n’ai pas eu le cran de lui dire que j’allais la renier. J’ai été lâche en la plantant là et en partant l’air de rien. J’ai été lâche, je suis parti sans demander mon reste et je l’ai laissée seule, tout seule, désespérément toute seule.

Après, il peut y avoir des circonstances qui font que, dans la vie, on ne fait pas toujours ce qu’on veut, on s’adapte aux situations. Et, comment dire ? Et hier matin, quand j’ai pris ma décision, je n’avais pas d’autre choix, j’en ai parlé au patron et c’était la seule solution acceptable pour tout le monde. Bien sûr que j’aurais dû lui parler, tenter de lui expliquer. Tout le monde est capable de comprendre quand on explique. Tout dépend des mots qu’on utilise. Là, j’aurais usé d’un vocabulaire simple. Mais non, comme tout s’est fait dans une certaine précipitation, j’avoue que je n’ai pas pensé à aller lui parler. Ce qui m’a bien arrangé, finalement. Mais je reconnais qu’au moment de partir, quand je l’ai laissée là, sans rien avoir dit, j’ai eu un petit pincement au cœur. Tant pis. C’est fait.