Je te jure, cher confrère contrôleur de blog, que celui que j’ai rencontré hier, pour un entretien de bonne santé mentale, m’a sidéré. Je suis tombé sur un cas pathologique qui pourrait fortement intéresser la science. Un cas unique. Il compte tout. Il compte les paragraphes, il compte les lignes, il compte les lettres (voyelles et consonnes), il compte la ponctuation et il s’arrange toujours pour que chaque total soit un chiffre ou un nombre impair, sinon, il en ajoute jusqu’à ce qu’il soit satisfait. Cent une fois sur le métier, il remet son ouvrage. Inlassablement. Inexorablement. Il ne m’a pas précisé que ce serait jusqu’à ce que mort s’ensuive mais presque. En tout cas, c’est ce que j’ai déduit.

Tu exagères un peu, là, non ? Non, je te jure. Je crois même qu’il aimerait mourir un jour impair d’un mois impair à une heure impair et sur un battement impair de son cœur. Tu as raison, ça paraît incroyable mais pourtant, c’est bien ce que j’ai entendu, compris et ressenti de mon entretien avec lui. Il y a même des choses qu’il m’a confiées que je n’ose te répéter car, comme tu le sais très bien, je suis sous le coup du secret professionnel avec lui comme avec chacun de mes patients. Oui, mais nous sommes collègues, on a le droit d’évoquer certains cas qui peuvent nous dépasser. Oui, tu as raison. Peut-être que je pourrais t’en parler, ça me permettrait sans doute d’y voir un peu plus clair.

En réalité, il se désespère de ne pas avoir trois pieds pour avoir des impairs de chaussettes. Il se désespère de ne pas avoir trois yeux pour avoir des impairs de lunettes. Il se désespère de ne pas avoir onze doigts aux mains et aux pieds. Il est ravi de n’avoir qu’un seul nombril car être celui du monde, c’est déjà largement suffisant. Je t’en passe et pas des moindres. Il regrette de ne pas pouvoir vivre à trois au lieu de simplement deux. Il regrette de ne pas avoir un tricycle au lieu d’une simple bicyclette et tout à l’avenant. Oui mais tu penses que ça interpénètre trop sa vie quotidienne ? Non, il a l’air de bien vivre malgré tout. Alors, ma foi, je le surveille de près, c’est tout.