Je suis un privilégié, j’ai la chance incommensurable de pouvoir apprécier les levers de jour, chaque matin car, en général, de nous deux, entre le jour et moi, je suis toujours le premier debout, même en été ou à son approche. Et ce que j’aime, c’est avoir le temps d’en profiter mais aussi, de goûter des plaisirs différents à chaque fois car, contrairement à ce qu’on dit, les jours se suivent mais ne se ressemblent jamais. Et là, en ce vendredi 7 juin 2019 à 6h30, c’est exactement ça qui est en train de se produire : un début de matinée comme je n’en ai pas vu souvent. Là, tout est entre gris clair, gris foncé et noir. Tout semble lourd et il pleut. Et pourtant, et pourtant, et pourtant, ça ne me dérange pas, bien au contraire, ça me plairait même encore plus que d’habitude tant je me sens bien depuis chez moi, à regarder par la fenêtre.

Hier soir, on nous a alertés : risques de vents forts, de pluies encore et toujours importantes comme si celles d’avant-hier n’avaient pas suffi à nous laver de tous nos soupçons. Et ce matin, je sais que ça va durer encore quelques heures avant qu’une éclaircie réelle, ce qu’on appelle une embellie, ne fasse son éventuelle apparition. Mais ce matin, je m’en fous tant le spectacle est magnifique, dehors pendant que je suis encore un peu groggy de ma nuit de sommeil et pendant que je suis protégé, tranquille, bien à l’abri, chez moi. J’admire le spectacle que m’offrent les cieux, ces cieux tourmentés, passant des nuages bien dessinés, massifs à d’autres, plus esquissés, plus entremêlés. Passant du pas très clair au très foncé. Un peu comme si le jour avait décidé de faire grasse matinée et de rester couché. Comme si c’était un tire-au-flanc.

Oh non, vues les couleurs dramatiques du ciel, ce matin, le jour est loin de s’être fait porter pâle. Il est à l’opposé de toute lividité et de toute fadeur. Il est violemment ténébreux et j’aime tous les contrastes qu’il offre à mes regards et à ce que j’ai d’intime. Loin de toute pâleur. Debout, c’est l’heure ! Non, ça n’est pas l’heure, ça pourrait ne plus jamais être l’heure. Et là, même d’imaginer que peut-être, désormais, peut-être que toute éventualité de bleu était devenue interdite, même cette idée-là ne m’effraie pas. Pour être totalement franc, je pense que j’aurais même aimé aller me vautrer dans ces amas de nuages sombres et me rouler dedans. J’y aurais certainement rencontré les esprits des poètes et des peintres qui sont les seuls à pouvoir comprendre tout ça. Quelle chance j’ai de pouvoir assister à tout ça, dès tôt le matin.