10h58. Le train s’arrête en pleine et presque rase campagne. On nous demande de ne pas tenter d’ouvrir les portes. Certains, qui somnolaient, ouvrent un œil, leur inconscient leur ayant chuchoté que cet arrêt n’était pas prévu. D’autres, nombreux, font comme si de rien n’’était. Pas moi.

11h02. Il y a toujours un moment où l’attente, pendant un arrêt non prévu, nous devient anormale, brutalement à l’esprit. Un calme étonnant règne dans le wagon (pas en moi), un calme juste ébréché par le passage d’un contrôleur. La lumière revient alors qu’on n’avait même pas remarqué qu’elle avait disparu. Le son aussi. Un problème de signalisation, nous dit-on. C’est un peu insensé, non ?... Attention au nouveau départ ? D’accord, mais dans combien de temps ? En tout cas, qu’on se le dise, je ne reprendrai pas ma lecture avant qu’on ait redémarré !...       J’en profite pour observer mes congénères. Hormis ceux qui dorment, vraiment ou pas, rares sont ceux qui ne sont pas devant un écran de smartphone, de micro-ordinateur (voire les deux) ou, plus accessoirement, de tablette.       Un peu diffuse, la voix de quatre contrôleurs dans la plate-forme entre les voitures 12 et 11. Je m’en suis approché, à pas feutrés, car Jean-Marie m’a appelé et je n’ai pas voulu répondre depuis ma place. Ne pas déranger ceux qui dorment. Ni les autres.         Annonce de vérification avant le départ. Oui, mais quand ? Ça fait au moins un quart d’heure qu’on ne bouge plus. J’ai même renoncé à regarder l’heure pour ne pas stresser.       Au bout de combien de temps de retard on a droit à un dédommagement ?       Hormis le ronronnement du (moteur du) train, rien ne se passe.       J’entends, par hasard (quelqu’un vient d’ouvrir la porte vers la plateforme où sont les contrôleurs) qu’on aura un retard d’au moins 25 minutes. Comme par hasard. Sous la demi-heure, on a droit à rien, je suppose.       Pleine et rase campagne. Circulez, il n’y a rien à voir. Justement. Pourquoi on ne circule pas ?

11h20. On nous confirme les 25 minutes de retard. !

11h23. On a l’air de redémarrer. Je vais aller faire un autre pipi, toujours de principe, toujours voiture 11 pour voir si c’est toujours propre. La femme assise (vautrée, plutôt) devant moi, est trop grande et malgré le fait qu’elle dorme, cassée en deux, ses pieds débordent sur les miens. Et je la dérange quand je me lève.

11h28. 27 minutes de retard. C’est officiel.

11h34. Des contrôleurs vont passer dans les couloirs pour que ceux qui avaient une correspondance à Paris puissent faire le point avec eux. Je  m’en fous, je ne suis pas concerné.

11h44. C’est l’heure où on aurait dû arriver, là. Après plusieurs soleils, de nouveau, c’est la chape de plomb. Le plafond de verre foncé. Vais-je trouver une consigne, à Paris, tout à l’heure ?

11h54. Nous roulons à vive allure. On en avait un peu perdu l’habitude. Mais on sait tous que le temps perdu ne se rattrape guère, que le temps perdu ne se rattrape plus. Et de rouler si vite, ça nous a permis de semer les gros nuages qui nous menaçaient, tout à l’heure.

12h00. Premier tunnel. Je n’ai pas lu plus de la moitié du temps de trajet. Qu’ai-je donc fait pendant l’autre moitié ? Je n’ai pas dormi, ça, c’est sûr.

12h13. Finalement, le train est arrivé exactement à l’heure du retard annoncé. Si ça, ce n’est pas de la ponctualité !