Eh bien voilà, ce court mais bref séjour à Paris et en Essonne a pris fin. Je suis déjà dans le train du retour et je serai revenu à Bordeaux en début d’après-midi, je n’aurai pas déjeuné mais ce n’est pas grave, je trouverai bien quelque chose à me mettre sous la dent, comme disait Ève, au Paradis, pas le Latin, l’autre. J’ai toute l’après-midi pour me remettre de mes émotions. Ces deux derniers jours ont été intenses, riches en retrouvailles, certaines avec des disparus depuis vingt ans et d’autres depuis encore plus que ça. C’est toujours un peu étrange de revoir des gens un peu oubliés, comme ça, après tant de temps. J’avoue que j’appréhendais un peu car si j’espérais qu’on aurait des choses à se dire sans ressentir la longue absence, je redoutais que la mayonnaise ne prenne pas tout à fait. J’ai déjà connu ça, plusieurs fois et avec des gens perdus de vue depuis moins longtemps que ça.

On a pris vingt ans, au moins, dans la tronche et franchement, on n’a pas changé. Ni eux, ni moi. Mais moi, en ce qui me concerne, je le savais déjà. J’ai été heureux de les revoir. Et là, dans le train du retour, au lieu de lire comme je l’avais prévu et comme j’aime le faire, en temps normal, je suis là, à regarder bêtement dans le vide à travers la fenêtre depuis ma place 52 dans la voiture 12 du TGV 8433 et je vois la France défiler à toute allure et je repense à ces bons moments passés ensemble. Ces bons moments qui sont, eux aussi, passés très vite. Et qu’on a passé à parler de nos jeunesses respectives. De cette époque où nous travaillions ensemble, des pauses déjeuners où nous jouions au Scrabble, aux aventures de Paulette Packard, la seule espionne qui n’a jamais totalement existé… Et puis, et puis surtout, c’était une belle époque, malgré tout, une bonne ambiance, un temps révolu.

Qu’est-ce qu’on a ri quand on a reparlé du rhinocéros qui s’était échappé de je ne sais plus trop où et qui s’était retrouvé devant l’entrée de l’entreprise, dans la zone Silic, à Rungis. Ou encore la fois où on avait décidé d’organiser un concours de bisous sur la bouche avec le maximum de collègues possibles. Ou aussi, la fois où on avait organisé un match de rugby filles contre garçons, sur le petit bout de pelouse devant l’accueil. Je ne me suis pas souvenu qui faisait le ballon mais je suis sûr que ça me reviendra sans que je le fasse exprès. Pardon ? Ça n’est pas arrivé, tout ça ? Et alors ? On peut rêver que ça soit vrai, non ? On peut s’inventer des souvenirs, non ? Comme on n’en a pas eu assez à ressasser, j’ai pensé que c’était bien d’en ajouter un peu. Bon, ce n’est pas tout ça, mais je vais aller faire pipi, j’arrive dans une heure et au moins, ça, ça serait fait. Et bien fait.