On peut ne pas être croyant, comme moi, ça n’empêche pas d’apprécier les édifices religieux comme les églises, les temples ou autres lieux de culte. C’est toujours intéressant à visiter, pour admirer l’architecture, les œuvres d’art qui peuvent y être exposées ou tout simplement pour tenter de comprendre la foi de l’autre. Ne pas croire n’induit pas l’intolérance. Pas chez moi, en tout cas.

Hier soir, après avoir dîné plus tôt que d’habitude pour écouter Emmanuel Macron nous donner la liste de ses mesures tant attendues, j’ai d’abord été estomaqué de voir une partie de Notre Dame de Paris en flammes, des images spectaculaires mais j’étais loin de soupçonner l’ampleur des dégâts (et même encore ce matin, on n’est sûrs de rien) mais ensuite, j’ai été sidéré, ému, triste au possible.

Je n’ai pas pu arrêter de regarder les images de France 2 jusqu’à 23h, complètement interdit et inquiet. Je me suis réveillé plusieurs fois, cette nuit (comme d’habitude) et j’y ai pensé à chaque fois : sera-t-elle encore debout demain matin ? Et en me levant, à 6h415, j’ai tout de suite allumé la télé pour savoir. J’ai été partiellement soulagé mais je sais que rien n’est gagné, on va attendre, c’est tout.

Mon plus vieux souvenir de Notre Dame, ça remonte à l’automne 1979 quand je suis monté à Paris pour devenir le plus grand écrivain du monde et je suis monté plusieurs fois en haut de la tour de gauche, quand on est face au monument et j’y ai passé des heures à noircir des feuilles blanches, certain d’être plus inspiré qu’ailleurs dans ces hauteurs divines, plus près du ciel et des oiseaux.

Je suis rassuré de savoir qu’une partie du trésor de la cathédrale a pu être sauvé mais qu’en est-il pour toutes les œuvres d’art qui n’auront pas pu être retirées à temps ? Qu’en est-il des vitraux ? Qu’en est-il des orgues ? Nous le saurons bien assez vite même si on préfèrerait peut-être ne pas le savoir, quelque part. De temps en temps, faire l’autruche… En tout cas, rien ne sera plus jamais comme avant…

Je suis très sensible à l’émotion mondiale autour de ce drame, soudain, la France (Paris) est redevenue le centre du monde, même si on peut déplorer que ce soit pour un tel drame. La reverrai-je « entière » de mon vivant ? La question mérite d’être posée mais je n’ai pas la réponse. Entre le pillage de l’Arc de Triomphe le 1er décembre dernier et l’incendie de Notre Dame, quels malheurs !

Quasimodo pleure Notre Dame de Paris

Je voudrais faire quelque chose que je ne fais jamais, d’abord parce que dans mon blog, c’est moi qui écris sauf pour des poèmes, des citations ou des extraits de chansons mais aujourd’hui, j’ai trouvé l’édito de Nicolas Beytout admirable dans l’Opinion, j’avais juste envie de le partager. J’espère que cela ne sera pas répréhensible en termes de droits d’auteur, le fait de le recopier ici.

Notre-Dame: les racines d’un peuple

Que pesait une intervention présidentielle à la télévision face à un désastre de l’ampleur de l’incendie de Notre-Dame de Paris ? Évidemment rien, et Emmanuel Macron n’avait pas d’autre choix que d’annuler son adresse télévisée aux Français. Car cette destruction de la cathédrale de Paris n’est pas un simple fait divers, aussi démesuré soit-il. Ce n’est pas seulement un gigantesque incendie, c’est un morceau d’histoire de la France qui disparaît en quelques heures, sous les yeux de millions de Français et d’étrangers, tétanisés par la violence des images.

La cathédrale de Paris est une partie du visage de la France, de la grandeur de son héritage millénaire, de l’immensité de la civilisation chrétienne de cette nation. Elle est -et elle devra renaître- comme témoin de son ancrage dans les siècles, et preuve de la solidité de cette part de chacun de nous, catholique ou pas, croyant ou pas. Jules Michelet, le grand historien et anticlérical notoire aurait aimé, disait-il, « moins en parler », mais il s’était résolu : « Notre-Dame est à elle seule un livre d’histoire ».

Pourtant si prompt d’habitude à se diviser, le monde politique ne s’y est pas trompé. Tout ce que la République compte de petits et grands personnages s’est ému, et nombreux sont ceux qui, à l’instar du chef de l’État et de son Premier ministre, Édouard Philippe, sont allés au plus près du sinistre témoigner de leur émotion. Elle était loin, à cet instant, la France divisée. Elle était loin, l’urgence de répondre aux Gilets jaunes.

Mais il ne faut pas rêver : cette actualité-là reprendra ensuite le dessus. Les doutes, les rancœurs, les oppositions reviendront pour imposer à nouveau leur loi. Mais peut-être le souvenir de tout ce que la France a perdu avec cette catastrophe incitera ce peuple si souvent oublieux de sa propre culture à se soucier davantage de ses racines.