Hier, c’était un dimanche triste. Un jour gris à écrire des poèmes mélancoliques. Ça, j’aurais pu en composer puisque je crois que j’en ai fait pendant des années et que c’est sans doute comme le vélo, ça ne s’oublie pas. Seules les illusions de la jeunesse ont disparu, sinon, je le sais, ma faculté de faire des vers est toujours là. Peut-être devrais-je le mettre dans mon CV : 60 ans, capable de faire des sonnets, des mâtines et des vers libres. De préférence des vers libres, bien insister sur ces derniers.

Hier, c’était un jour gris à ne pas marquer d’une pierre blanche. Un jour à n’avoir envie de rien et à attendre que le temps passe jusqu’à ce que ce dimanche terne ne laisse la place au lundi. Presque subrepticement. Je dormais, cette année, au moment où c’est arrivé mais je n’avais pas besoin de surveiller, je savais que les choses allaient se faire en temps et en heure et qu’elles seraient bien faites. Pas de quoi se mettre à l'affût ou de passer une partie de la nuit à garder les yeux ouverts.

Hier, c’était un jour comme Waterloo, une espèce de morne plaine où, contrairement à  bien d’autres fois, il y a eu plus de mal que de peur. J’ai subi le retour de mes douleurs de quand je travaillais : mal au cou et mal à la tête. Avec une certaine angoisse : et si je restais coincé à jamais. Sans pouvoir plus jamais regarder à droite ou à gauche, l’air de rien ? Et si je ne pouvais même plus regarder en arrière non plus ? Non, ça ne pouvait pas continuer et se terminer comme ça, non…

Hier, c’était un jour à ne pas mettre un chien dehors, surtout hier matin. Et pourtant, nous l’avons fait, nous les avons promenés. Eux, ils étaient contents. Moi, aussi. Sans doute, le meilleur moment de ma triste journée. C’était bel et bien un jour sans. Sans pour sans. Mais quelque part, j’ai gardé confiance : je n’allais pas rester dans cet état-là, en demi-teinte, mi-figue, mi-raisin. Non, j’allais tenter de me refaire une santé en passant une nuit la plus complète possible. Pour voir. Pour savoir.

Ce matin, je me suis levé nettement plus en forme. J’ai vu le jour se lever, tranquillement. Moi aussi. Un peu pépère mais avec un meilleur moral. J’ai vu le soleil pointer de tous ses doigts les immeubles lointains, grandes taches lumineuses, claires sur un ciel encore un peu foncé. Et je me dis, comme Scarlett O’Hara, demain est bien autre jour. Un autre jour qu’hier. Un jour certainement meilleur. Et ça prouve au moins une chose : les jours se suivent et se ressemblent mais pas tant que ça, finalement.