Dans une heure, sera-t-il l’heure du retour de celle d’hiver ? Ou serons-nous encore dans celle d’été ? Je pense que rien n’aura changé de ce côté-là, dans les 45 ou 60 minutes qui vont suivre. Rien n’aura changé ? Si, peut-être le fait que j’aurai vieilli d’une heure de plus et ça, c’est vachement insidieux, c’est vachement sournois. Ça n’a l’air de rien mais pif, paf, pouf, prends ça dans ta gueule et ferme-là, de toute façon, tu n’as pas le choix, encore moins sur ça que sur le reste. Tu n’avais qu’à lire les petites lignes du contrat quand tu es né au lieu de pousser un cri pour dire que tu étais bien là.

Dans une heure, tu seras là, près de moi, dans une heure, tu seras là… Une heure, c’est long et c’est court, une heure et je me vois déjà, au creux de tes bras…

Dans une heure, le jour sera peut-être levé. Ce gros feignant qui semble vouloir faire des grasses matinées depuis qu’on est passé à l’heure d’été. Il ne sait pas, lui, que le monde appartient à ceux qui se lèvent tôt. Quel imbécile ! C’est bien beau de dire « Oui, mais on a des longues soirées !... », tu parles, des longues soirées, à quoi ça sert, si ce n’est de se coucher tard et de ne pas savoir, de ne plus savoir profiter des petits matins, ces moments encore bien plus enchanteurs. Enfin, tout ça, c’est une question de goût, mais mon choix, moi, je l’ai fait, il y a belle lurette. Et même plusieurs lurettes.

Dans une heure, tu seras là, près de moi, dans une heure, tu seras là… Une heure, c’est long et c’est court, une heure et je me vois déjà, au creux de tes bras…

Dans une heure, probablement que j’abandonnerai mon père, ma mère et le président pour aller faire ce que j’ai à faire : chercher les journaux, faire quelques courses, mettre de l’essence dans la voiture et les laisser petit-déjeuner en paix ou plutôt, sans moi. Il n’y a que quand je ne suis pas là que ceux que j’ai laissés peuvent mesurer combien mon absence peut être ressentie. Sinon, quand je suis là, ça n’est pas pareil. Alors, oui, ce matin, je compte les minutes qui me rapprocheront de cette heure que j’attends de voir arriver depuis plus d’une heure, désormais. Je suis patient. Oui, très patient.