Je vais vous raconter la courte mais très étonnante histoire de Maurice, un homme d’une cinquantaine d’années, marié à Marie-Jeanne avec qui il a eu trois enfants dont un qu’ils ne voient jamais sauf par Skype car il habite vraiment trop loin de la France. Maurice travaille dans une entreprise de transports de produits frais et il est passé de chauffeur-livreur à responsable d’équipe. Il a une sœur, Anne-Marie, lesbienne aspirante (elle attend de passer son examen avec épreuve optionnelle du gode-ceinture pour devenir lesbienne intégriste) et un petit-frère, François qui ne travaille pas car il se prend pour Arthur Rimbaud, il a des semelles de vent mais aussi, sous ses chaussures, il n’a pas de travail, ne sait pas ce qu’il veut faire de sa vie. C’est un nonchalant.

Maurice et Marie-Jeanne ont quelques amis mais Maurice a surtout une bande de copains, certains collègues, quelques amis de quand il était membre d’une équipe d’amateurs de rugby, plus attiré par l’ambiance des troisièmes mi-temps que par le sport en lui-même, surtout après trente ans, quand il a eu besoin de beaucoup décompresser avec cette espèce d’ennui qui a envahi son couple et les problèmes rencontrés avec l’adolescence successive de ses trois enfants. Et aussi, avant de changer de fonction au sein de l’entreprise dans laquelle il était depuis déjà si longtemps. Mais Maurice est quelqu’un de plutôt optimiste. Même après la mort de ses parents dont l’un dans des circonstances douloureuses, il s’est toujours relevé quand il a tombé ou a failli tomber. 

Ses trois enfants sont plutôt bien élevés. Le fils aîné, Pierre, est professeur au collège, les sciences de la vie et de la terre ce qui fait toujours sourire Maurice car de son temps, on disait plus simplement professeur de sciences naturelles. Sa fille, Julie, sa cadette est mère au foyer, elle a eu des jumeaux et a stoppé net sa carrière après avoir fait le point avec son mari qui a une très, très bonne situation. Ça n’a pas été facile au départ mais maintenant, elle semble s’y être faite. Quant à son benjamin, Hugo, lui, il a toujours eu la bougeotte : de stages de langues quand il était à l’école en voyages pour voir le monde, il a toujours été un peu absent et là, il vit actuellement au fin fond du Chili dans une ferme viticole où il travaille jusqu’à ce que l’envie de bouger le reprenne.

À suivre.