Quand je pense qu’on est le premier et que je ne pourrai même pas faire de poisson d’avril à mon travail, comme je ne l’ai pas fait pendant les quatorze ans que j’ai passés là-bas !

C’est vrai, ça, faire des poissons d’avril chez un poissonnier ou un mareyeur, c’est encore plus drôle, non ? Oui, c’est vrai, j’aurais dû en faire. J’aurais dû en accrocher des poissons morts au dos de mes premiers patrons, Nicole et son fils Freddy. Si ça se trouve, ils ne s’en seraient même pas rendus compte tant ils étaient obnubilés par leur métier, leur affaire grandissante et florissante. Non, pas obnubilés, obsédés. Et plus par l’argent qu’autre chose. Quand j’y pense, ça me fout un peu le tournis de les avoir fréquentés cinq jours sur sept et m’en être (à peu près) sorti.

J’aurais pu rester une semaine de plus dans l’entreprise, comme me l’avait demandé mon patron, pas directement et ça m’aurait permis de lui en accrocher un à lui aussi dans son dos… Ah non, je n’aurais pas pu puisqu’il est toujours alité en convalescence et là, je me demande s’il s’en serait rendu compte si je lui avais accroché devant entre un cathéter et des bandages. Non je plaisante, je lui aurai plutôt glissé un poisson mort dans sa perfusion pour que ça s’instille insidieusement dans sa nourriture liquide. À votre santé, s’il vous en reste une, patron et poisson d’avril, hein, surtout !

J’aurais pu en accrocher dans le cou de mes collègues préférés en leur faisant des petits bisous au même endroit. Mais non, avec eux, je pense que leur mettre un petit cœur en papier avec un bout de scotch, c’était plus à la hauteur de ce que je ressens pour eux et c’était une véritable marque d’affection. On ne dit pas assez je t’aime aux gens qu’on aime. Et on n’accroche pas assez de poissons d’avril aux gens qu’on aime peut-être un peu moins voire pas du tout. Finalement, ça aurait pu être un moyen de leur faire un bras d’honneur, à ces derniers. Un bras d’honneur d’avril.

Non, je vais rester tranquille à ne faire aucune blague à personne. Je n’ai pas le temps ni le courage pour ça, ce matin. Là, je me prépare pour partir chez les parents et ensuite, aux Sables d’Olonne.