Je ne connais personne à cette soirée, je n’aime pas spécialement ça mais je n’ai pas pu dire non au président, je ne peux pas faire comme lui, toujours dire non. Je n’aime pas ça car je suis resté un peu sauvage, surtout quand je ne connais pas les gens et parce que je ne sais pas quoi dire et aussi parce que je n’aime pas qu’on me demande ceci ou cela, ce que je fais dans la vie et tout et tout.

« Et qu’est-ce que vous faites dans la vie, vous, Stéphane ? » Tiens, justement, qu’est-ce que je disais. « Euh… » Qu’est-ce que je vais lui répondre, moi, à cette dame que je n’ai jamais vue et qui sent trop fort le parfum ? Que j’appartiens à la brigade anti-odeurs synthétiques ? « Euh, je suis en vacances, en ce moment ! » « Oui, mais à part ça, vous faites bien un métier, vous faites quoi ? »

« Euh, je suis chôm… pardon, non, non, je suis en vacances pour plusieurs semaines car j’en avais plein à prendre depuis un an et là, je solde mes congés. » « Et après, vous ferez quoi ? » « Eh bien, j’écris beaucoup et donc, je continuerai d’écrire. » « Ah ? Vous écrivez des romans ? » « Euh… Non, pas des romans, juste un. Un seul à la fois. » « Ah, et ça parle de quoi ? J’adore tout savoir ! »

« C’est un roman pornographique qui raconte la vie débridée d’un couple libre, homosexuel au départ mais qui n’est pas contre d’aller avec des femmes et j’envisage même des chapitres beaucoup plus hard avec des scènes zoophiles et même scatophiles. Mais je l’écris en vers, en alexandrins, un peu comme l’Odyssée ou Ulysse, car ce qui prime, pour moi, c’est la forme, pas le fond ! »

Comme ça, au moins, elle est partie bouffer des petits fours au chocolat et elle me fout la paix. C’est peut-être d’avoir évoqué la scatophilie qui lui a donné faim à cette permanentée odorante. Tiens, voilà le président qui arrive avec un monsieur que je ne connais pas. « Je vous présente Stéphane et je vous laisse faire connaissance, on m’appelle là-bas. » « Bonjour Stéphane. » « Bonjour monsieur. »

« Tu peux m’appeler Laurent. Et on peut se dire tu, non ? » « Si vous voulez… » « Et tu fais quoi, toi, Stéphane, dans la vie ? » « Jean-Jacques ne vous a pas dit ? » « Non mais on a dit qu’on se tutoyait, non ? » « Vous savez, moi, je ne tutoie que les gens avec qui j’ai couché, alors, tant qu’on ne l’a pas fait ensemble, je préfère vous dire vous. Et dans la vie, je suis chôm… Je suis en vacances. »

« Mais après et avant, tu faisais quoi ? » « Je suis escort boy pour amateurs de personnes mûres. » Mais pourquoi j’ai dit ça, moi ? « Non, je plaisante, je suis serial-killer mais ne le répétez pas, je préfèrerais qu’on ne vienne pas m’arrêter, surtout ici, ça serait du plus mauvais effet sur l’assistance. » « Tu as vraiment beaucoup d’humour, Stéphane, j’adore ! » « Mais non, je suis sérieux ! »

C’est interminable, cette soirée, ce pince-fesses. « Ah voilà donc le cher Stéphane dont on nous a tant parlé en gros mais si peu en détails ! Enchanté, Stéphane ! » « Ah bon, on a parlé de moi en gros ? Pas autant que vous, je pense, madame ! » « Et qu’est-ce qu’il fait dans la vie, ce cher Stéphane ? » « Je suis chô… Non, je suis en vacances pour plusieurs semaines. » « En vacances ? »

« Oui, en vacances. » « Comme c’est charmant ! Et on le paye pour ça, le petit monsieur aux cheveux blancs ? » « Oui, on me paye pour ça, avec de l’argent public détourné, c’est pour blanchir certaines activités douteuses de certains élus pour qui vous avez voté. Et au passage, pour chaque question qu’on me pose, je prends 100 euros. Mais que en billets de 20 ou de 50, pas autre chose. »