Ce matin, ma remplaçante, arrêtée jusqu’au 21 avril, est venue passer la matinée avec moi avec son poignet cassé (je l’appelle la veuve Poignet, pour la peine) afin de se remémorer ce qu’elle n’a pas eu le temps d’apprendre. Ma pauvre dame, comment voulez-vous vous remémorer des choses que vous ignorez ? C’est vrai, j’aurais pu lui dire ça mais j’ai préféré ne pas être désagréable car j’étais dans un jour avec. J’étais comme sur un petit nuage car je me suis couché tard à cause de Juliette et si j’ai bien entendu le réveil, à 2h10, je me suis rendormi jusqu’à 2h50 et là, ooups, j’ai culpabilisé car ce n’était pas bien, pas bien du tout. Vraiment pas bien du tout. Alors, j’ai fait fissa et j’ai tenté de rattraper mon retard, ce qui était idiot car personne ne me demande de venir aussi tôt, c’est moi qui ai décidé pour aider mon collègue Greg et pour ma convenance personnelle car plus tôt les ventes sont terminées, saisies et tout et tout ; plus tôt les achats le sont aussi, plus tôt la resserre *l’est également. Et quand elle l’est, les achats et les ventes du jour peuvent alors enfin démarrer.

Alors bon, la voilà qui débarque et qui veut se rassurer en me regardant faire une dernière fois car demain, normalement, ce sera le jour D (comme dernier jour) ou le jour S (comme samedi) ou le jour J (comme j’en ai marre il était temps qu’il arrive celui-là) et après, pour son retour, dans trois semaines, elle sera tout aussi perdue car elle n’aura pas pratiqué ce qu’elle a commencé d’apprendre et là, quelque part, je m’en fous un peu car ce n’est plus mon problème. Une fois que je serai parti, que j’aurai franchi la porte, plus rien ne sera mon problème dans cette entreprise qui m’aura connu 14 ans et quelques jours entre ses murs. J’y suis entré encore à peu près jeune et j’en sors mûr, de ses murs. Pourtant, je peux vous  dire qu’on est loin des éventuels murmures, j’ai plutôt envie de crier, non pas Aline, je m’en fous qu’elle revienne, elle, mais que j’ai envie d’être un homme libre. Libérééééé, délivrééééé et tant pis pour celles et ceux à qui ces deux mots auront remis cette chanson entêtante à l’esprit, chacun sa croix, hein ? Moi, je m’en suis libérééééé de cette chanson.

Demain matin sera moins chargé que ce matin, j’espère. Parce que là, aujourd’hui, j’ai été gâté dans les merdouilles à traiter, même certaines qui ne m’étaient encore jamais arrivées. D’ailleurs, quand la veuve Poignet m’a demandé « Comment tu as fait, grand Gourou, pour faire ça ? Parce que moi, si ça m’arrive, je serai bien embêtée. » « Ne t’en fais pas, ça n’arrive jamais. C’est tellement exceptionnel que je me demande si ce n’est pas un gag, un peu comme une caméra cachée pour voir comment je vais réagir. » Comment j’ai réagi ? En traitant le problème et en jurant sur la tête de mon patron que ça n’arrivera plus jamais. Pardon ? Mon patron est encore dans un état grave en convalescence chez lui ? Et alors, ce n’est pas à cause de moi, ne me faites pas porter un chapeau qui n’est pas le mien. Tout ça pour dire que voilà, je pense que demain, je devrais être soulagé. Il paraît que je quitte l’entreprise demain. Pour un peu, on ne me l’aurait même pas dit. D’ailleurs, on ne me l’a même pas dit, c’est moi qui l’ai décidé. Parce qu’il fallait bien que quelqu’un prenne une décision, non ?

* stock (note du traducteur)