En faisant la vaisselle des choses qui ne vont pas dans la machine adéquate, j’étais en train de me dire que la cocotte dont je me suis servi  pour préparer le repas de ce midi et d’une autre fois, dans la semaine (un lapin au cidre, aux pruneaux, aux pommes d’arbre et aux pommes de terre), une fois que je l’ai mise dans le second bac, à l’envers, pour qu’elle s’égoutte (je n’essuie jamais les gamelles de cuisson), elle bougeait comme un balancier, le temps de trouver son équilibre et je me suis donc dit qu’elle était encore vivante. Et ça m’a fait un pincement au cœur. Un petit pincement au cœur.

Parce que j’ai réalisé que ce n’était pas une vie facile, d’être cocotte de cuisson même avec un couvercle transparent. On vous sort de temps en temps, on vous fait chauffer par le cul pendant trente, cinquante ou soixante minutes (et même souvent plus) en vous alléchant avec des bonnes odeurs d’aliments préparés que vous ne pouvez même pas manger et ensuite, on vous vide de toute substance avant de vous laver le même cul et l’intérieur, on vous laisse sécher et on vous enferme de nouveau dans votre placard ou votre tiroir sous une plaque à induction et ainsi de suite.

Non, ce n’est pas une vie alléchante et moi, je n’aimerais pas être réincarné en cocotte, même avec un couvercle transparent – pour assouvir mon côté voyeur), vraiment pas. Tout comme je n’aimerais pas être réincarné en moucheron dans ma cuisine car comme je leur fais une chasse systématique, il y a trop de risques que je me retrouvé écrasé mort d’un coup de tapette que je n’aurais pas su voir venir sur moi. Ce côté vie éphémère et mort violente, ça ne me convient pas dans l’idée. Je n’aime pas pour autant les longues maladies mais là, non, c’est trop brutal. On oublie donc aussi ça.

Après, il y a des choses qui pourraient être sympas mais c’est probablement parce que je ne vois que le bon côté de la chose en question : être réincarné en slip, par exemple. Mouais. C’est juste pour le côté a priori confortable et toujours au chaud mais au-delà de ça, est-ce que je ne mets pas le doigt dans l’œil ? En plus, quand on me mettrait dans le lave-linge, il y a l’épreuve de l’essorage que je ne suis pas sûr de pouvoir vraiment apprécier à sa juste mesure. Donc, là encore, je ne valide pas. Il me reste donc à savoir en quoi ou en qui j’aimerais pouvoir revenir sur cette terre, après ma mort.

J’ai déjà le choix entre un être vivant (humain ou animal) ou une chose. Réincarné en grain de sable ? Je crains d’être agoraphobe et/ou claustrophobe au milieu des milliards et milliards autres grains de sable. Ou alors, dans un sablier, à la limite. Et uniquement chez quelqu’un qui se prépare souvent des œufs à la coque, sinon, je décline la proposition. Ou alors, en tablette tactile pour sentir les glissements de l’index de mon propriétaire sur mon écran sensible. Oui, pas mal ça et s’il va souvent sur Internet, je pourrais tout savoir aussi. Et même, cerise sur le gâteau, lire mon blog.