Ce que j’aime bien entre autres, dans le mois de février, c’est de découvrir que mes plantations de l’automne commencent à pointer le bout de leur nez. Les tulipes semblent vouloir sortir de la léthargie dans laquelle elles étaient plongées depuis toujours et justement, je pense que là, elles en avaient ras le bulbe et n’aspirent plus qu’à une chose : terminer leur croissance et pouvoir enfin vivre à l’air libre et voler de leurs propres pétales. Moi aussi, je les attends avec impatience, ce sont mes fleurs préférées avec les renoncules (et pas seulement pour leur nom) et donc, j’ai hâte, j’ai hâte, j’ai hâte. Mais pas trop vite non plus parce que le temps de leur vie leur est déjà compté. Et mon plaisir de les admirer sera tout aussi court.

C’est l’ordre naturel des choses et des gens : tout temps est compté. Qui peut prétendre à la moindre parcelle d’immortalité ici-bas ? Des grains de sable ? Des montagnes ? Des étoiles, là-haut ? Non, définitivement non, ni rien, ni personne ne peut prétendre à la vie éternelle. Même les souvenirs n’y auront pas, jamais accès vu qu’ils ne vivent que dans la mémoire de ceux que ça concerne mais quand ces derniers vont disparaître, hein ? Alors, vous comprenez bien que voir mes plantations de l’automne, dont les crocus, ça m’emplit plus de joie que les manifestations de ces quatorze derniers samedis mais si j’y pense trop fort, ça me fout un peu le tournis et ça me ramène à ma propre condition d’être humain seulement de passage.

Un peu comme si j’étais venu sur cette terre parce que j’avais vu de la lumière en passant et bonjour, je m’appelle Stéphane, je ne demande qu’à grandir, aidez-moi, s’il vous plaît, donnez-moi les parents adéquats, des bons parents et je me chargerai du reste quand je serai un peu plus grand. C’est un peu le résumé de ma vie : être là par le fruit du hasard et avoir continué malgré tout. J’aurai eu la chance de ne pas être né tulipe ou rose et donc de vivre un peu plus longtemps qu’elles mais rien n’est garanti, jamais. Tout ce que j’ai déjà vécu, c’est plutôt bien, avec des hauts et avec des bas mais c’est vraiment plutôt bien. Ce qui serait mieux, c’est que je m’arrange pour que la suite me rende encore meilleur. Cette idée est en train de germer dans ma tête. Ça pousse, ça pousse.