Hier, c’était la St Valentin, la fête des gens qui s’aiment et, contrairement aux apparences, j’ai marqué le coup, moi-même en sortant au théâtre après un restaurant, bon marché, mais un restaurant quand même. Bon, d’accord, je n’y suis pas allé avec le président mais avec le patron car le premier n’avait pas envie de voir ce spectacle et le second m’avait dit oui. Alors, ce n’était pas une St Valentin classique mais c’en était une malgré tout. Peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse, comme on dit, hein ? Retrouvons plutôt l’enregistrement de nos faux amis, Gilles et John, fait à leur insu, hier soir, alors qu’ils dînaient justement à côté de nous, au Régent du cours Clémenceau.

Gilles, je te rappelle qu’on est ici incognito, on est le 14 février et c’est une date importante.

Oui, John, c’est la saint-Valentin.

Oui, aussi, Gilles mais c’est surtout qu’on est à deux jours des prochaines manifestations et il faut qu’on s’organise.

Oui, mais bon, ce soir, si on fêtait la saint-Valentin, plutôt ?

Non, attends, c’est également une date importante car on est pile à la moitié du mois. Pourquoi tu me regardes comme ça, Gilles ?

Pardon, John, mais de savoir que c’est la saint-Valentin, je te vois différemment. Je pense que je suis capable d’amour et je ne le savais pas.

Écoute-moi plutôt, Gilles, au lieu de dire des bêtises.

Oui, John, je t’écoute le cœur battant.

T’es con.

Je sais.

Bon, je disais qu’on est pile au milieu du mois et normalement, comme on a déclaré qu’on n’avait plus un rond au milieu de chaque mois, il ne faut pas qu’on puisse nous voir dans un restaurant même si les prix de celui-ci ne sont pas très chers, toutes proportions gardées.

Tu parles bien, John, pour un peu, ça me ferait des guili-guili dans le pantalon.

T’es con, Gilles.

Je sais, John.

Et donc, il ne faut surtout pas qu’on nous reconnaisse sinon, on sera grillés et on ne sera plus crédibles.

Tu veux que je fasse quoi, John ?

Que tu restes discret et qu’on parle doucement pour pas qu’on nous entende. Surtout quand on évoquera la stratégie pour samedi.

Et si on restait dans le tout-amour de la saint-Valentin ?

C’est-à-dire ?

Eh bien, samedi, quand on sera face aux flics, on pourrait leur envoyer des roses.

Des roses ?

Ouais, des roses.

C’est complètement crétin, ce que tu dis, Gilles.

Attends, John, tu vas voir, mon beau John : des roses avec des tiges en barbelés et des fleurs en métal rouge. Et pan dans leur gueule et pan dans leur gueule et pan dans leur gueule !

Chut, ne crie pas et ce n’est pas la peine de répéter les choses trois fois.

Les roses, ça s’offre toujours en nombre impair, il paraît.

Remarque, ce n’est pas si idiot que ça, on s’approche d’eux avec des roses, ils vont croire qu’on leur veut du bien…

Des bisous et tout et tout.

Et au dernier moment…

Et pan dans leur gueule et pan dans leur gue…

Putain, t’arrête avec ça, oui ? Tu vas la fermer, ta gueule, connard ?

Ne me parle pas comme ça, John, moi, je t’aime et je ne vois pas pourquoi tu me parles comme à ta femme ou comme à un flic ou comme à Macron…

Excuse-moi, Gilles mais je t’ai demandé d’être discret, on pourrait nous entendre…

Parle plus bas car on pourrait bien nous entendre…

Retire ta main de sur la mienne, Gilles !

Allez, John, si on pensait à des choses plus… moins… ?

Et là, avec le patron, nous avons réalisé qu’il était 20h10, le spectacle commençait en théorie à 20h30, nous avions cinq minutes de marche mais au cas où on aurait encore une longue file d’attente pour entrer dans le théâtre, si tout le public devait se faire fouiller comme l’autre fois, pour Haroun, mieux valait y aller. C’est dommage car j’ai trouvé ça intéressant, d’entendre leur discussion à ces deux cons. Pardon, à ces deux agiles et jeunes et cas soc’ réunis. En tout cas, on a beau dire que c’est une fête commerciale, la saint-Valentin, on peut quand même dire que ça a un effet positif sur 50% des gens, si on regarde ces deux-là. Ça n’est pas rien, 50%. Ce n’est pas encore la majorité mais on n’en est pas loin.