J’ai déjà parlé de ce paradoxe du temps qui passe, bien trop lentement quand on s’ennuie, bien trop vite quand on est heureux et qu’on aimerait tellement arrêter les aiguilles de toutes les horloges même de celles qui sont digitales. Aujourd’hui, je l’ai encore ressenti très fort. À la fin du repas (frugal), le président et moi, nous parlions de sa soirée à l’opéra, hier, pour un Barbier de Séville que je n’ai pas souhaité voir et moi, d’une question que je m’étais posée en rentrant du boulot : quel était le président de l’Allemagne de l’Est qui a érigé le mur de Berlin, en 1961, une érection qui fut particulièrement édifiante, ma foi.

Vous l’avez sans doute remarqué mais nos déjeuners ont une certaine tenue intellectuelle parce que même si nous n’avons mangé que de la salade composée maison avec de l’avocat, du pamplemousse, du kiwi et des tomates cerises (désolé, ce n’est pas de saison, je sais mais il faut de la couleur dans nos assiettes, en hiver !), nous avons eu besoin de quelques nourritures spirituelles pour donner un peu de protéines à nos neurones. Bref, moi, je pensais que c’était Erich Honecker (mais c’est sans doute le seul président de l’ex R.D.A dont je suis capable de citer le nom) mais non, après vérification, il s’agissait de Walter Ulbricht.

Je n’ai absolument pas souvenir d’avoir jamais entendu ce nom et pourtant, ce président-là, qui n’a rien à voir avec le mien, est resté en poste jusqu’en 1973, a été remplacé par Willi Stoph (inconnu à mon bataillon) et lui-même remplacé par Honecker en 1976. Bon, si j’avais été candidat d’un jeu télévisé, j’aurais perdu gros sur cette question-là. Ce n’est pas grave, là, même le président n’a pas su le dire non plus, mon honneur est sauf. Pardon ? Quel rapport avec le paradoxe du temps qui passe ? Attendez, j’y arrive car tout vient à point nommé à qui sait attendre. Ce qui est totalement dans le sujet dont il est question.

Le repas terminé, l’esprit rassasié d’avoir eu la réponse à l’interrogation mentale qu’il s’était faite en voiture, nous avons commencé à débarrasser la table. Et moi, j’ai ouvert une boîte de pois chiches (400gr poids brut et 265gr poids égoutté) et justement, je l’ai renversé, l’opercule à peine entrouverte, sur le bord de l’évier pour que le jus s’en échappe comme une petite cascadette dans une petite colline. Et ce, pendant plusieurs heures car d’ici à ce que je les prépare avec de l’orange et du fenouil pour la salade de demain midi, je vais aller en ville et en revenir. Mais ça fait partie des choses que je fais tous les jeudis : égoutter des pois chiches.

Parce que le vendredi midi, c’est toujours, toujours la même salade, celle qui annonce la presque fin de semaine. Et là, en renversant cette petite boîte, je me suis dit que finalement, on était donc déjà jeudi. J’ai eu beaucoup de mal à me lever depuis le début de la semaine et là, de savoir qu’il n’y a plus que deux fois avant le week-end, ça m’a un peu soulagé. Mardi nuit, mercredi nuit et cette nuit, ça a été très dur, j’ai trouvé que cette semaine n’avançait pas et là, en égouttant mes pois chiches, j’ai réalisé qu’on était jeudi en début d’après-midi. Chouette, non ?