Il pleut, il pleut, il pleut, bergère, rentre tes blancs moutons mais pas tes gilets jaunes et encore moins tes casseurs avec lesquels ils sont réunis comme une association de malfaiteurs, finalement. Et toi, fais attention à ne pas trop de mouiller car vu qu’il fait frais, tu risquerais d’attraper du mal.

Nous sommes jeudi, le dernier jeudi du mois de janvier 2019 et le dernier jour tout court de ce mois de janvier qu’on est bien content de voir se terminer. Je ne sais pas pourquoi mais novembre, décembre et janvier, qui viennent de passer m’ont semblé incommensurablement longs et pas seulement parce que j’approche de la date du clap de fin là où je travaille, non, beaucoup plus parce que ça fait deux mois et demi qu’on se tape des samedis inintéressants, obligés de se confiner chez soi à cause de tous ces branleurs de mouche (j’ai failli écrire enculeurs mais ça me semblait un peu trop hard) et à assister à une certaine déconfiture de la démocratie et du respect de la vie en commun.

Il pleut, il pleut, il pleut, berbère, rentre tes blancs moutons, ce n’est pas encore l’heure de l’Aïd-el-Kébir qui n’aura lieu que le 11 août prochain, soit dans un peu plus de six mois et demi. Voyons voir, six mois et demi, ça nous mènera à l’acte 38 des gilets jaunes et casseurs réunis. Pfffou, on a le temps de mourir d’angoisse et d’ennui d’ici là. Moi, je pense (je sais qu’on ne doit pas dire « moi, je » mais moi, j’avais envie), moi, je pense, donc, que pour le samedi qui vient, le douzième acte, si je me trompe pas, ça serait très bien que ce soit le dernier. Douze, c’est un bon chiffre, si je puis dire alors que c’est un nombre, en réalité. Ça fait une douzaine d’actes comme une douzaine d’œufs, c’est largement suffisant. Et ça nous permettra de respirer un peu. De reprendre notre souffle.

Nous sommes un énième jour de pluie. Un énième jour qui, accumulé aux précédents, donne l’impression qu’on est proche de vivre un déluge. Et là, je me dis que s’il y avait vraiment un bon Dieu, quelque part, il s’arrangerait pour qu’il ne fasse ce mauvais temps-là que le samedi, que chaque samedi, entre 14 et 22 heures et ainsi, au lieu de flamber, les villes, Paris, Bordeaux et les autres seraient lavées, expurgées, purifiées de toute cette haine qui force à sortir de tous ces malfaisants, de tous ces gens qui n’ont qu’une idée, une seule idée, en tête : tout casser  et se plaindre, si on a le malheur de s’en prendre à eux. Tout casser chez les autres mais rien chez eux.

Il pleut, il pleut, il pleut, pépère, rentre tes blancs moutons et tente de te raisonner, pépère. Dis-toi que t’énerver ainsi ne sert à rien. Juste à ajouter du mal à ton mal. Sois patient. Essaie de reprendre un minimum d’espoir et dis-toi bien qu’après la pluie, on dit bien que c’est le beau temps qui revient.