Comment se débarrasser d’un intrus quand on n’a pas la réponse à cette question ? Parce que quand on est plutôt bien élevé, on ne peut pas se permettre de dire à quelqu’un : tu es un intrus, on ne veut pas de toi. Non, il faut savoir mettre les formes, on est civilisé ou on ne l’est pas. Ou alors, il faut être bien baraqué, donc, pas comme moi. Mais si j’avais la carrure de Teddy Riner, de Sébastien Chabal et de Gérard Depardieu réunis, je pourrais tout me permettre en termes de diplomatie. Là, je n’ai aucune autre échappatoire possible de tenter d’arrondir les angles. Sauf s’il s’agit de chez moi où là, bien évidemment, je me réserve d’inviter qui je veux quand je veux.

Il y a un nouveau collègue là où je travaille, qui est commercial dans ce que ça a de plus détestable. La caricature du vendeur qui se la pète et à qui tout est permis. Qui prend les autres pour ses larbins et qui joue sur tous les tableaux. Qui est en terrain conquis. Qui est partout comme chez lui. Un exemple, anecdotique, mais un exemple malgré tout : je ne travaille pas le lundi et lors de son premier jour, un lundi, justement, il s’est installé dans mon bureau, isolé des autres, s’est servi un café dans mon mug, ne l’a pas bu entièrement et a laissé le récipient à moitié plein sur le bureau. Le lendemain, j’ai fait la vaisselle. Ça ne lui a pas effleuré l’esprit de respecter mon bureau.

Il habitait Bayonne et n’avait pas de logement pour commencer à bosser chez nous. Alors, il a demandé à notre acheteur, l’adorable et gentil Laurent (trop bon, trop con, comme on dit, hein ?) s’il pouvait l’héberger deux ou trois jours. Laurent a fini par le mettre à la porte au bout de plusieurs semaines car le nouveau était carrément chez lui, se servant de tout comme si tout était à lui et empêchant mon gentil Lolo d’avoir une vie privée avec sa copine qui ne connaît que depuis quelques petits mois. Par décence et par pudeur, je ne me serais jamais installé chez quelqu’un qui vient de se mettre en couple. J’aurais eu trop peur d’être inopportun.

Ce nouveau vendeur ne sait pas dire non à un client : « Vous voulez 500 grammes de bigorneaux ? Je vais vous trouver ça ! » C’est conditionné au mieux en 3kg mais surtout en 5kg. Et là, il n’est pas gêné, il demande aux autres de lui trouver le mouton à cinq pattes et pendant ce temps, les autres ne peuvent pas faire leur boulot, plus rentable car nous sommes grossistes, pas détaillants. Enfin bref, il a une attitude vis-à-vis des clients qui ne leur rend pas service car il faut savoir leur dire non même s’ils nous font bouffer, les clients. Ils ne peuvent pas nous mettre à genoux en permanence pour des clopinettes et pire, à très peu de marge.

Samedi prochain, nous avons une soirée en l’honneur d’Audren, parti le 11 janvier. Nous ne serons qu’avec ceux que l’on sait qu’il aimait bien. Normal. Sauf que le nouveau vendeur l’a appris, on ne sait pas trop comment et veut venir. Comment lui dire qu’il n’est pas le bienvenu, qu’il n’est pas invité ? En lui disant que ce n’est qu’entre les anciens ? Qu’Audren a choisi la liste des invités alors qu’il ne sait pas qu’il y a une soirée ? Que tout le monde a rendez-vous chez moi  et que chez moi, j’invite qui je veux ? Je n’ai pas la réponse à cette question. Mais si quelqu’un l’a, je suis preneur. Surtout que j’ai prévu un spectacle, alors, il vaut mieux que j’y aille, moi, à cette soirée.