Ça m’a pris de court, ça m’a stupéfié quand j’ai appris le décès de Michel Legrand, ce matin, à la radio, en revenant du travail. Il était à peine 8h30, le ciel était bas, gris et humide. Nous étions à des années-lumière des couleurs des jours heureux, ceux des demoiselles de Rochefort, un de mes films cultes. Je n’ai jamais eu la moindre sympathie particulière pour le personnage mais j’ai toujours eu de la passion pour son œuvre. Il est un compositeur contemporain qui me touche, ça ne s’explique pas, c’est ainsi et j’en suis heureux. Je connais beaucoup de chansons de lui (presque) par cœur (presque, parce qu’avec le temps, je peux avoir la mémoire qui me joue des tours pendables…)

Ça peut faire un peu bateau de citer celle-ci, une des plus connues qu’il a écrite, mais je trouve que Les moulins de mon cœur est une chanson magnifique, un chef-d’œuvre. Alors, ce matin, après un bon moment au bureau avec Aïssa, à relire ce que j’ai écrit pour la soirée du 2 février, avec mes collègues, après avoir ri de mes propres idées, de mes propres bêtises, j’ai terminé mon travail, tout seul et je me suis dit que bon, encore un samedi à supporter, encore un samedi de violence à ne rien pouvoir faire contre. Autant prendre mon mal en patience. Et celui de ceux qui me sont proches, en plein milieu des émeutes hebdomadaires, je parle de Claude et du patron, évidemment.

Entre les couleurs chantantes et chatoyantes associées à la musique de Michel Legrand, même quand elles illustrent des drames, et celles agressives des gilets jaunes et des casseurs réunis, des extrêmes gauche et droite réunies qui ne cherchent qu’à voler le pouvoir pour en faire quoi ? Hélas, j’ai bien ma petite idée mais je préfère faire l’autruche, ce matin et me dire que pour oublier tout ça, peut-être que je pourrais écouter du Michel Legrand car même sa musique la plus triste sera toujours moins triste que celle, dissonante de tous ces gens qui emmerdent le monde depuis plus de deux mois, maintenant. « Comme une pierre que l’on jette dans l’eau vive d’un ruisseau et qui laisse derrière elle, des milliers de ronds dans l’eau… »