Je viens de comprendre comment gagner plus de 100 000 euros facilement. Non, comment gagner 100 000 euros très facilement. D’abord, j’ai voulu garder le truc pour moi tout seul mais comme je ne suis pas de ce genre-là, je vais partager mon idée géniale avec celles et ceux qui seraient intéressés et qui voudraient tenter leur chance. Surtout qu’avec mon idée, il y a 100% de réussite assurée ou alors, je ne m’appelle plus Stéphane.

Mon truc pour gagner très facilement 100 000 euros, ça ne marche quand même que si on est un peu colérique voire sanguin. Si on est trop gentil, autant ne pas chercher à jouer à mon jeu. Et il faut avoir envie d’aller manifester avec les gilets jaunes et les casseurs réunis, principalement dans un endroit où ce n’est pas déclaré et attendre de se faire gazer ou taper dessus et là, commencer à péter les plombs en réagissant.

Mais pas en réagissant normalement, non : en tapant sur un flic, d’abord, avec ses poings et sur un deuxième flic, à terre, avec ses pieds. Bien sûr, il ne faut pas avoir oublié de se faire filmer pour les réseaux asociaux et les chaînes d’infos continues. Et après, le lendemain, il faut poster une vidéo dans laquelle on explique qu’on a réagi comme ça parce qu’on venait de se faire gazer à deux reprises et qu’on n’a pas vraiment aimé ça.

Et donc, on a pété les plombs et c’est malheureux mais c’est comme ça, on n’y peut rien. Enfin, on va se rendre à la police pour montrer qu’on n’est pas un voyou et les autres gilets jaunes et casseurs réunis, ils vous choisissent comme idole du jour et ils lancent une cagnotte sur Internet et en moins de 48 heures, ils ont récolté 111 000 euros rien que pour vous parce qu’ils ont de la peine pour vous, ils savent que vous avez passé un sale moment.

Ils savent aussi qu’on vous a obligé à venir manifester et qu’on vous a mis de force à l’endroit même où il y avait le plus de risques de recevoir des gaz lacrymogènes. Parce que vous, sans Emmanuel Macron, il est clair que vous seriez resté chez vous, un samedi de janvier, juste après les fêtes, vous ne vous seriez pas embêté à perdre votre temps à marcher avec d’autres sous des prétextes que vous n’êtes pas certain de pouvoir expliquer.

Moi, je dis que, aujourd’hui, si on a le droit de s’énerver au point de tabasser du flic et en plus, si on peut passer pour un héros national aux yeux d’une toute petite minorité, je persiste et je signe : quelque chose ne tourne vraiment plus rond dans notre pays et peut-être même dans le monde entier mais là, en l’occurrence, c’est la France, c’est mon pays qui me préoccupe. Il y a quand même de quoi se faire du mouron, non ?

C’est comme cet adolescent de 15 ans, à Pessac, dans la communauté urbaine de Bordeaux, qui a poignardé son frère (11 ans) et sa sœur (8 ans), tous les deux grièvement blessés parce qu’il a eu un coup de colère. Un coup de sang pourquoi ? Pour quel caprice ? À la suite de quelle dispute ? Qu’on m’explique surtout que désormais, si c’est ça, la norme, c’est plus que du mouron qu’on a à se faire. C’est que je ne vois plus rien de positif à venir.