J’aime le jaune des soleils qu’on dessine quand on est enfant, un jaune franc du collier avec beaucoup de rayonnement. C’est un jaune éclatant, un jaune un peu rêvé car en réalité, le soleil est plutôt jaune d’or. Et j’aime justement le jaune des boutons d’or, ces petites fleurs qu’on se mettait sous le menton et dont le reflet sur notre peau nous faisait dire : tu aimes le beurre. J’aime le jaune du beurre sauf quand celui-ci devient terne car il a ranci. Je n’aime pas le beurre rance et je n’aime pas le jaune des gilets et des casseurs réunis.

J’aime le jaune du citron, fruit pas toujours agréable à boire, à mon goût, sauf chaud, à la montagne, mais quelques gouttes dans une préparation sucrée ou sur un poisson grillé, je trouve ça délicieux. Le jus est transparent, limite jaunâtre ce n’est pas grave, c’est bon pour la santé. J’aime le jaune de certaines tulipes, probablement mes fleurs préférées, c’est une des premières touches de couleur sur notre terrasse, à la fin de l’hiver. Des fleurs qui annoncent parfaitement et à juste titre le retour du printemps mais je n’aime pas le jaune des gilets et des casseurs réunis.

J’aime aussi le jaune des jonquilles qui, là encore, me rappellent mon enfance quand nous allions en ramasser avec nos parents dans la forêt près de Senlis et j’adorais en faire des bouquets bien serrés. J’aime le jaune des poussins que je préfère nettement à leurs parents, poule et coq, car eux, comme bien souvent, les petits, sont rigolos. J’aime le jaune d’œuf, au plat, coque ou dur, que je préfère au blanc, je le garde toujours pour la fin comme tout ce qui est meilleur. Mais je n’aime pas le jaune des gilets jaunes et des casseurs réunis.

J’aime le jaune du mimosa en fleurs, au mois de février, surtout dans l’île de Noirmoutier, ça me touche et je préfère en voir des arbres que des bouquets qui, dans une maison, sentent un peu trop fort. J’aime le jaune des taxis new-yorkais car j’y suis allé deux fois, il y a si longtemps, souvenirs, souvenirs… J’aime le jaune de plein de vins blancs, surtout le St Véran, sec et le Coteau du Layon, un peu plus doux. J’aime le jaune des bananes, fruit énergétique par excellence, j’en mange tous les matins au boulot mais je n’aime pas le jaune des gilets et des casseurs réunis.

J’aime le jaune un peu fluo des surligneurs qui mettent une phrase ou un mot en valeur. C’est la seule couleur que j’aime dans ces stylos un peu feutrés. C’est une couleur éclatante qui va bien aux lettres et aux chiffres. J’aime mieux le lieu jaune, qui tire sur le blanc, au lieu noir, qui tire sur le gris, sa chair est plus fine et plus délicate mais elle est plus fragile. En même temps, je n’en mange pas souvent, alors... mais quand même. En revanche, je n’aime pas, mais pas du tout le jaune des gilets et des casseurs réunis, même quand ils tirent sur le noir.