Il est né, le divin enfant, jouez hautbois, résonnez musettes…

Quand même, quand on y pense un peu plus fort que la normale, c’est-à-dire en se concentrant autant que possible, c’est une drôle d’histoire que ce divin enfant qui arrive d’on ne sait trop où (phonétiquement, ça fait « d’on ne sait tropou, c’est marrant, non ?) : sa mère n’a pas couché avec le père du gamin qui n’est donc pas son père biologique même pas son géniteur donneur anonyme à la banque de sperme, c’est juste son beau-père ou son père adoptif. Il était cool, le Joseph de l’accepter grosse, la Marie. Finalement, cette dernière est un peu comme Marie-Thérèse dans La vie est un long fleuve tranquille : « Mais madame, j’vous juste que j’ai jamais couché avec un garçon ! » « Marie-Thérèse, ne jurez pas, je vous prie ! » À l’époque, c’était culotté, si je puis dire.

C’est vrai, imaginez Marie qui a son ventre qui s’arrondit (ou alors, sa grossesse n’était que nerveuse et ne s’est pas vue), comment a-t-elle pu annoncer la chose à ses parents ? « Papa, maman, je crois que j’ai un Polichinelle dans le tiroir ? » Évidemment, monsieur et madame Vierge n’ont pas compris ce que ça voulait dire, ce qui est normal vu que Polichinelle, sous sa forme la plus connue, n’a été créé qu’au Moyen-Âge, je crois, donc plusieurs siècles après. Du coup, monsieur et madame Vierge ont certainement dû précipiter l’union de Marie avec Joseph avant que ça ne commence à jaser un peu partout car une fille grosse sans être mariée, ça faisait très mauvais genre. « Et puis quoi encore, tu ne vas pas nous faire croire que c’est arrivé par l’opération du St Esprit, non ? » « Mais si !* »

Bref, quand il est né, le divin enfant, on peut très bien supposer que ce ne fut pas qu’une délivrance physique. Parce que normalement, Marie, elle a dû perdre les eaux : « Ciel ! J’immacule conceptionne ! » (Ça veut dire « ciel, je perds les eaux, en hébreu ancien ») et accoucher réellement avec des contractions, des douleurs et tout le tintouin. Après, lui, il a dû pousser un cri et demander à téter sa mère parce qu’il a dû avoir très vite faim. Et il a dû faire pipi et caca et il a bien fallu le langer. C’est rigolo mais là, tout d’un coup, il a l’air nettement moins glorieux, le marmot. On a du mal à se le représenter tel qu’il sera plus tard, quand il a été grand, entre ses premiers miracles et ses 33 ans. Moi, tout ça, je veux bien mais un doute m’habite. Il a dû être directement messie, adulte, le gamin.

Il est né, le divin enfant, chantons tous son avènement…

* Jeu de mots subtil pour celles et ceux qui ne l’auraient pas vu