Chouchou ! Viens voir, écoute-moi et assieds-toi. Enfin, fais ça dans l’ordre que tu veux mais écoute-moi. Ça ne t’a pas échappé qu’on s’approchait dangereusement de Noël, hein ? Bon, tu ne le sais pas encore, même si on a déjà plus ou moins vaguement évoqué la question depuis que tu es à mon service, mais moi, nous, ici, Noël, on ne le fête pas et on attend même avec une certaine impatience (difficilement contenue) que ça soit passé et qu’on n’en parle plus.

Oui, oui, je sais, ce n’est pas très à la mode de ne pas fêter Noël. Je n’ai pas toujours été comme ça mais un jour, j’ai dit « stop ! », j’en ai eu marre de cette escalade aux cadeaux systématiques, surnuméraires et surtout, tant inutiles pour ne pas dire moches, parfois. J’avais atteint un point de non-retour et j’ai choisi de ne plus me laisser prendre à ce piège de la surconsommation à outrance. Oui, c’est un pléonasme mais je l’assume. Donc : de ne plus me laisser prendre à ce pléonasme et depuis, je maintiens le cap et je fais comme si de rien n’était.

En ce qui nous concerne, toi et moi, Chouchou, je ne vois pas l’intérêt de se faire un cadeau. Si on a envie de quelque chose, on se l’achète tout seul. On n’est jamais si bien servi que par soi-même. Et voilà quoi, nous sommes d’accord, hein ? En plus, le problème, c’est que tu ne peux pas faire moins d’une année sur l’autre et à force, tu augmentes le nombre et la valeur des cadeaux et tu te retrouves à découvert tous les mois de novembre et ce, jusqu’à fin janvier. Non, non, je ne veux plus vivre à crédit pour des futilités, c’est fini, f-i, fi, n-i, ni, fini.

Et justement, à propos de budget, comme je vais arrêter de travailler fin mars, dans un peu plus de trois mois, j’ai conscience que je vais avoir une perte de pouvoir d’achat assez importante et autant ne pas gaspiller mon argent dans ces cadeaux dispendieux qui seront aussi vite oubliés qu’ils auront été ouverts. Voire revendus dès le lendemain puisque c’est devenu un nouveau business, ça aussi. Et moi, l’année prochaine, je vais commencer à m’appauvrir, il faut que ça se sache. Non pas que je vais tomber sur le seuil fatidique de la misère mais bon, personne n’est à l’abri.

Et le risque, si je perds trop de pouvoir d’achat ? C’est de devenir un gilet jaune, oui, exactement. Je n’aimerais pas me retrouver en gilet jaune et faire partie de cette meute. Non, pas plus que je n’aimerais me retrouver en terroriste islamiste mais là, rien à craindre, c’est mécaniquement impossible, je ne crois en aucun Dieu. Alors que je crois en l’impécuniosité. Et si en plus, cette dernière est couplée avec une certaine indigence intellectuelle, alors, pour moi, c’est la fin de tout. Même la fin des pommes de terre bouillies dès le quinze du mois.