Hier matin, en allant chez le patron pour la promenade des chiens, il m’a dit que peut-être que je ne pourrais pas accéder chez lui en voiture compte tenu des échauffourées (pour ne pas dire plus) de la veille, avec la manifestation des gilets jaunes et des casseurs réunis. Encore une fois, avec Claude, ils ont vécu un samedi pénible, enfermés chez eux, angoissés de voir leur portail défoncé et des fous furieux entrer chez eux pour… ? Ils ont subi une après-midi pleine de grenades assourdissantes, de gaz lacrymogènes, de crétins en train de dépaver leur rue et j’en passe et pas des moindres.

Quand il a voulu sortir les chiens, vers 19h, la police qui avait fini par revenir dans la rue, vu que la meute de cons s’était déplacée sur la place de la mairie et le cours d’Alsace et Lorraine, lui a dit qu’il valait mieux qu’il attende pour se promener, il y avait encore des barricades autour de chez lui, des poubelles en feu, quelques énergumènes probablement mal intentionnés et que sais-je encore ?  Deux samedis consécutifs à subir une violence comme celle qu’on peut essayer d’imaginer en temps de guerre, ça devient largement plus que suffisant. Maintenant, chacun chez soi et basta, non ?

Moi, j’ai pu venir quand même en voiture et j’ai été très étonné de voir que place de la République, un des points névralgiques de la violence de samedi avait été totalement nettoyé comme si de rien n’avait été. Bien sûr, la rue du patron, avec ses déchets (et pas spécialement humains car eux, ils devaient dormir, se reposer du sommeil des simples d’esprit, après une après-midi de plaisirs destructeurs) avait surtout ce trou béant, la veille encore comblé de pavés qui ont dû servir de projectiles contre les forces de l’ordre, contre ceux qui sont censés nous protéger.

Nous avions des choses à porter à l’appartement du huitième, cours d’Alsace et Lorraine et là, nous avons aperçu, çà et là, des traces des émeutes de samedi. Des endroits où les feux de poubelles avaient été plus importants que d’autres, des distributeurs de billets saccagés, des panneaux arrachés, des vitrines explosées, etc, etc, etc… Nous avons fait ce que nous avions à faire et nous sommes chacun rentrés chez soi. J’étais ému de voir que les équipes municipales de nettoyage avaient réussi à rendre un visage normal à l’ensemble de l’hyper-centre-ville.

Heureusement, je ne suis pas passé par le cours Victor Hugo. Je dis heureusement car les images que j’ai pu en voir à la télé m’ont fait venir les larmes aux yeux. Des magasins pillés, une rue comme après un bombardement en temps de guerre. Ça m’a fait mal et je ne suis pas prêt à m’y rendre pour constater les dégâts de visu. Je n’accepte pas ce qui s’est passé samedi et qui va peut-être encore se passer samedi prochain. J’ai honte et j’ai mal à Bordeaux et j’ai mal à Victor Hugo. Et comme dit Mymy, j’ai mal à ma France. Et maintenant, ça suffit, les gilets jaunes, on l'a compris votre message.