Oh vous savez, c’est dur. Non, vous ne pouvez pas savoir comment c’est dur. Comment la vie est dure. Ben non, vous ne pouvez pas le savoir, vous, vous devez gagner des mille et des cents, vous devez avoir une belle bagnole, vous ne devez pas avoir de problèmes pour les fins de mois ni pour les fins du monde. Vous ne pouvez pas imaginer comment ça fait mal de voir le frigo vide à partir du 15 du mois. Et ce n’est pas parce qu’on a un congélateur plein qu’on peut se permettre de piocher dedans pour manger. Non, moi, je vous dis que c’est vraiment trop dur. On ne peut même pas acheter une simple place de cinéma pour nos enfants, même pas une pour trois. En même temps, on n’aime pas ça mais on pourrait aimer ça et vouloir y aller et là, on ne peut pas.

C’est d’autant plus dur pour moi d’être là, sur les Champs Élysées, que la première et la dernière fois que j’y suis venu, c’était exactement l’année dernière pour la cérémonie d’hommage national au boss, au plus grand de tous les plus grands. Oui, c’est ça, c’est pour Johnny que je suis venu là  pour la première fois. Vous ne pouvez pas savoir comment j’étais déjà triste d’être là, l’an passé. Et là, je reviens cette année et c’est aussi dur mais pas pour les mêmes raisons. Non, ça ne me dérange pas ces histoires de gros sous pour la famille de Johnny, c’est normal qu’il en ait beaucoup gagné, c’était le taulier. Il a chanté dur pour ça. Ce n’est pas comme nos feignants d’hommes politiques. Ou comme ces bons-à-rien de journalistes de mes deux. Ou comme les grands patrons du quatre-quarante.

Mes revendications ? C’est simple : remettre l’impôt sur la fortune mais en le triplant. Dégager Macron et mettre des citoyens, des travailleurs honnêtes à sa place. Interdire les banques. Supprimer définitivement les impôts sauf pour les riches. Mettre le salaire minimum à 1 700 euros sans augmentation du coût de la vie. Supprimer les loyers pour les locataires et faire payer les propriétaires. Interdire d’habiter le dernier étage, souvent plus luxueux, avec terrasse, de chaque immeuble et le donner aux SDF. Supprimer les SDF. Non, pas en leur tirant dessus, non, en leur donnant un salaire et un appartement en dernier étage. Pour leurs chiens, les terrasses, c’est bien.

Sinon, il faut aussi mettre l’allocation de rentrée scolaire à 2 500 euros par enfant. Rendre gratuit les abonnements de téléphone et d’Internet. Donner un smartphone et une tablette à chaque personne. Non, pas à chaque personne, à chaque français. Pas aux immigrés. Et accueillir correctement les migrants sauf ceux qu’on ne veut pas garde chez nous. Mettre les transports en commun gratuits. Et l’essence aussi. Passer à la semaine de 20 heures sans réduction de salaire. Et interdire les salaires au-dessus de 5 000 euros. Ça, ça serait bien : supprimer le salaire minimum et mettre tout le monde à 5 000 euros nets mensuels, hein, attention, pas 5 000 euros bruts. Ne vous trompez pas dans les chiffres.

Non, je ne suis pas de gauche, pourquoi ? Je ne suis pas de droite non plus. D’extrême droite ? Non, c’est vous qui le dites, moi, je n’ai rien dit. Non, moi, je n’ai pas voté aux dernières élections depuis 1988. Je suis abstentionniste et fier de l’être. Le seul pour qui je pourrais voter, c’est Johnny car lui, au moins, il nous aurait compris, il nous aurait soutenus. Vous voyez, moi, je vais aller passer Noël à St Barth pour me recueillir sur sa tombe. J’aurais préféré qu’il soit enterré là où il est mort. Non, il n’est pas mort à Thouars mais à Marnes la Coquette. Ça fait un peu pédé, comme nom de ville, Marne la Coquette, non ? Oui, nous irons à St Barth avec nos enfants. On a pris un crédit. Et ça, vous voyez, ça nous empêche de bouffer à partir du 15 du mois. De n’importe quel mois.