Le premier dimanche matin à l’heure d’hiver. Comme j’ai voulu en avoir le cœur net, je me suis levé à 2h (heure d’hiver) mais à 3h (heure d’été), car c’est exactement là que le changement devait avoir lieu. Je suis donc sorti de mon lit, comme le font certaines rivières et certains fleuves, lors de grandes pluies, et je suis allé faire un gros pipi nocturne, dans le noir, à tâtons ou presque et là, j’ai surveillé le moment où l’été théorique a fait place à l’hiver pratique.

Eh bien, figurez-vous que je n’ai pas pu vérifier que la grande et la petite aiguilles avaient bien fait leur job, c’est-à-dire de passer de 3h à 2h du matin. Pourquoi ? Parce que j’avais déjà mis tous les réveils, montres, horloges, appareils concernés à l’heure d’hiver dès hier soir, vers 19h45. Parce que je n’aime pas du tout être pris au dépourvu, le matin, après un changement d’heure et me demander quelle heure est-il, de calculer si c’est l’hiver ou l’été, l’été ou l’hiver.

Et, je n’ai rien senti, lors de ce passage à ce qui pourrait être le dernier changement d’heure, celui que tout le monde accueille pourtant avec le sourire car il permet soi-disant de dormir soixante minutes de plus mais avec l’effet pervers que désormais, il va faire nuit vachement tôt, tous les jours. De plus en plus vachement tôt. Ça va donc bientôt être l’heure d’entrer en hibernation. De se calfeutrer chaque fin de journée en se disant que demain, sera forcément un autre jour.

Mais, ce n’est pas tout. Non seulement, je me suis levé pour vérifier que ce changement d’heure se passait bien, sans anicroche et sans retard sur l’horaire prévu mais en plus, j’ai eu beaucoup de mal à me rendormir, ensuite. Et, finalement, je me suis vraiment levé à 4h50, heure d’hiver. Et depuis, je suis debout, assis, debout, assis, alternativement, comme le tic-tac d’une pendule bien élevée, bonne travailleuse, jamais contestataire. Routinière. Sans relâche. Inlassablement.

J’ai préparé ma liste de courses car le dimanche matin, avant d’aller aux chiens, hiver comme été, j’achète de quoi assurer les repas jusqu’au jeudi soir. J’ai petit déjeuné. J’ai consulté mes messages, j’ai répondu à certains, j’en ai supprimé d’autres. J’ai feuillé un magazine, lu un poème, écrit le début d’un inédit. Et je suis retourné faire pipi plusieurs fois. Somme toute, rien d’extraordinaire pour un mec banal comme moi. Un mec commun. Un mec à l’heure d’hiver mais pas à faits divers.