Je la croise souvent, dans la rue, en allant vers le tram ou en revenant du tram. C’est une femme sans âge mais plutôt dans la deuxième moitié de sa vie. C’est une pauvresse qui est probablement plus jeune que son allure ne laisse paraître. Elle fume, quand elle trouve quelqu’un de compatissant qui accède à sa demande : « Vous auriez une cigarette ? » Je suppose qu’elle ne demande ça qu’à ceux qu’elle voit avec la clope au bec ou au bout des doigts. Elle ne m’a jamais demandé si j’en avais, moi, une cigarette en trop. Et puis, de toute façon, elle marche lentement et moi, plutôt vite, donc, en général, elle n’a pas le temps de me poser une question que je suis déjà à l’autre bout de la ville. Loin de toute main tendue qui réclame. 

En revanche, elle m’a déjà demandé si je n’avais pas 10 centimes. Et malheureusement, à chaque fois qu’elle a tenté de me taper une pièce, j’étais déjà à cent mètres d’elle quand elle devait terminer sa question mendiante. Je suis désolé pour elle mais bon, si j’avais le choix, elle ne ferait pas partie de mes élus pour mes oboles. Je vais sans doute paraître un peu inhumain, pas très chrétien (ça, je m’en fous) et très égoïste mais bon, j’ai le droit de choisir mes bonnes œuvres, non ? On peut avoir ses têtes dans ceux qui font la manche, j’espère. On peut être touché par certains pas du tout par d’autres. C’est ma liberté de donner à qui j’ai envie chez ceux qui sont dans le besoin. Besoin de rien, envie de toi…

Et, figurez-vous, madame, monsieur, que dimanche matin, alors que je partais pour prendre un tram afin de rejoindre le patron pour la promenade des chiens, qui ne croisé-je pas dans la rue, près de chez moi ? Madame 10Centimes, oui ! J’étais au téléphone en train de parler avec le patron, justement. J’ai entendu la femme me demander si je n’avais pas 1 euro. Je n’ai pas percuté tout de suite mais une fois que j’ai raccroché mon téléphone, j’ai réalisé que soudainement, elle était passée de 10 centimes à 1 euro. Et là, j’ai compris pourquoi je ne l’aimais pas : elle devait être syndiquée et comme elle fait la manche le dimanche aussi, elle majore ses prix. Franchement ? Non, je ne le dirai pas. Je préfère tout garder pour moi.