Hier, je me suis beaucoup gaussé de la Périchole comme si je me moquais de tout. C’est vrai que je suis souvent irrespectueux, non, pas irrespectueux, mais pour faire un bon mot, je serais capable de dire pis que pendre de mon père et de ma mère, tuer ma sœur et battre mes frères quand ils sont chauds. Alors, tout d’abord, j’ai adoré ce spectacle et quand je dis que j’aime Offenbach, j’aime vraiment Offenbach, que personne ne se méprenne sur mes intentions.

Et pour montrer que je suis aussi capable d’être quelqu’un de sérieux, que je ne suis pas qu’un clown, qu’il y a un petit cœur qui bat sous ma carapace de joueur avec les mots. Et ce petit cœur qui bat, il cache une âme si sensible que je n’aime pas trop en faire étalage, sauf quand je n’ai pas le choix. Et samedi après-midi, pendant la séance du film Girl, de Lukas Dhont, avec le génial et troublant Victor Polster, premier rôle, rôle-titre et Arieh Worthalter, le père de Lara, probablement son meilleur soutien dans la complexité de sa vie qu’elle subit.

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Il y a des films qui vous assomment et on en redemanderait presque, tant la claque dans la figure fait du bien, tant l’objet cinématographique est réussi et vous prend aux tripes. Lara a 15 ans et rêve de devenir danseuse étoile. Mais ce n’est pas le seul but de sa vie. La danse, ce serait le plus. L’autre chose qu’elle attend, c’est de se retrouver dans le corps de la fille qu’elle a toujours su être même si elle est née garçon. Elle a entamé un processus de changement de sexe avec l’aide incroyablement compréhensive de son père, de plusieurs médecins et psychologues et de son entourage.

À travers la souffrance, pour ne pas dire la torture, infligée par les heures et les heures de répétition, de pointes, de pirouettes, de fatigue, de pleurs de la danse, on comprend malgré tout très vite que ce n’est rien par rapport à l’autre souffrance que subit Lara : l’impatience de se voir transformée, de voir son pénis métamorphosé en vagin et pouvoir être vue telle qu’elle se sent. Sauf qu’à 15 ans, c’est encore bien jeune pour passer sur la table d’une opération aussi lourde. Et son impatience la poussera à prendre bien des risques contre ce corps qu’elle ne supporte pas.

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Fabuleux Victor Polster, déjà danseur belge, est très troublant dans un rôle androgyne, très secret, très replié sur lui sauf quand il danse en tant que Lara. Ce personnage de Lara m’a ému, m’a parfois dérangé, m’a fait me poser plein de questions entre autres liées à tous ces tabous sociétaux, à la différence et au rôle souvent plus que négatif de la part des religions. Mais, mais, mais, ce qui m’a fait le plus pleurer, c’est l’avant-dernière scène du film. J’ai fermé les yeux pour ne pas subir celle qui précède mais pour l’avant-dernière…

J’ai eu du mal à en parler autour de moi, je me sens plus à l’aise pour écrire à ce sujet. Ça se passe dans une chambre d’hôpital, Lara se réveille, son père est à son chevet. Ils se regardent. Quelques secondes passent. Aucun mot n’est prononcé. Le père s’approche de Lara et lui prend la main, elle la serre, de son côté. Ils continuent de se regarder. Et jamais, jamais, de toute ma vie, je n’ai vu autant d’amour dans l’échange de deux regards, au cinéma. Un moment que je n’oublierai jamais. Un moment que j’aimerais revoir, uniquement cette dernière scène.

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Voilà. Je pense que ceux qui affirment que l’avortement c’est comme faire appel à un tueur à gages pour assassiner ce qu’ils considèrent comme un enfant même si ce n’est qu’un embryon ; que ceux qui affirment que l’homosexualité relève de la psychiatrie ; que ceux qui pensent que les transgenres sont des malades ; que ceux qui affirment que notre corps ne nous appartient pas et sont contre l’euthanasie ; que ceux qui sont sûrs d’être les détenteurs d’une bien-pensance ; tous ceux-là (et j’en passe et pas des moindres) devraient aller voir ce film pour comprendre ce qu’est une souffrance absolue.