Eh bien, tu étais où, Chouchou, depuis deux ou trois semaines ? J’ai à peine tourné le dos que toi, tu as disparu. Je te rappelle que tu es censé être à mon service et que là, il y a vraiment un bail que je ne t’ai pas vu. T’étais où, où, où, où, où ? Pas là mais t’es où, pas là mais t’es où ? Outre le fait que je suis un peu contrarié, je dois te dire que je commençais surtout à m’inquiéter. Pardon ? Je t’ai donné quinze jours de vacances ? Comme ça ? Trois ou quatre mois seulement après t’avoir embauché ? Diable ! J’ai l’âme généreuse et la mémoire qui flanche. Je ne me souviens pas du tout t’avoir donné deux semaines de congés. Où ça ? À Biscarrosse ? Le soir où j’ai bu le plus de champagne ?

La prochaine fois, je tournerai sept fois la langue dans mon verre avant d’avaler la première gorgée et donc, de parler. Oui, je peux être un bon lécheur de verre. De flûte, principalement. Mais on avait dit qu’on n’évoquait jamais de choses intimes entre nous, toi et moi. Nous sommes complices et nous sommes complémentaires mais nous ne sommes pas en couple et encore moins amants. J’ai besoin de toi, tu es là. C’est tout. Sauf que là, t’étais où, pas là mais t’es où, pas là mais t’es où, où, où ? Je te jure que je m’apprêtais à signaler ta disparition aux services d’immigration et à la police. J’ai tellement eu peur que tu te sois fait enlevé par la bande à Wauquiez ou les milices lepénistes !...

Oui, parce que, avec ce qu’on ne sait pas mais ce dont on se doute, tu aurais très bien pu faire partie d’une rafle et te faire embarquer sur l’Aquarius pour te retrouver un jour en Syrie ou en Lybie. Alors tu sais quoi, la prochaine fois que je te laisse partir à mon corps défendant, je te demande de me le rappeler dès le lendemain matin et surtout, surtout, quand tu n’es pas là, mais t’es où, pas là, mais t’es où, pas là, tu me dis où tu es, pas là, où tu es. D’accord ? Bon, je ne vais pas revenir sur ces congés non payés puisque je ne te rémunère pas pour les services que tu me rends mais sache que pour les prochains, on va attendre un peu. Je vais avoir besoin de toi, d’ici la fin de l’année.