Normalement, j’avais d’abord eu dans l’idée de fêter le deux-millième billet avec fastes et grandeurs mais je ne suis pas le château de Versailles, je n’aurais pas mis les grands plats dans les petits et je n’aurais pas cherché à ventiler plus haut que mon fessier. Qu’en termes polis cette chose-là est dite, ce me semble, non ? Et puis, finalement, à part une orgie de homards, c’est passé quasiment inaperçu mais je n’ai pas non plus sorti le grand jeu. Donc, ai-je eu raison ou ai-je eu tort ?

Je ne sais pas précisément répondre à cette question existentielles mais en revanche, je vais quand même annoncer que je vais continuer sur ma lancée et tenter d’atteindre le trois-millième billet, dans plus ou moins trois mais prenons rendez-vous pour octobre 2021, si vous le voulez bien. Il me restera juste à trouver de quoi marquer le coup et organiser les festivités qui iront bien avec un tel anniversaire si tant est qu’on puisse parler d’anniversaire pour un quantième.

J’ai déjà quelques idées en tête. Par exemple, je pourrais commencer par faire venir des gens que j’aime bien et les honorer de mon vivant de visu et de facto. Je ne sais pas, moi, Aznavour, tiens, je le trouve très fédérateur, depuis deux jours. Ah ben non, il ne pourra pas venir, il est vraiment mort, cette fois. Sinon, je pourrais tenter de réunir deux extrêmes de la culture : Jean d’Ormesson et Sheila. Merde, ça ne marche pas non plus avec Jean d’O. puisqu’il est mort, lui aussi.

En même temps, ça ne me facilite pas la tâche de n’avoir envie de recevoir et d’honorer que des gens qui ont déjà disparu, à de rares exceptions près. Faut dire que… Bon, oublions les hommages aux grands de ce monde et pensons à autre chose. Et si je faisais venir des filles nues ? Ça peut plaire, ça, non ? Il faut juste que je demande aux féministes si ça les dérange ou si elles s’en moquent. De toute façon, je jure sur moi-même qu’elles ne seront pas agressées, ni verbalement, ni physiquement.

C’est drôle, je sens comme un début de manque d’enthousiasme dans cette proposition. Et faire venir des mecs nus, je ne vois pas l’intérêt. Si pas de filles, pas de mecs. Ou alors, en slip ? Non, oublions le corps humain comme s’il n’était qu’une simple marchandise et relevons le niveau en restant dans l’intellect. Euh, ça se complique vraiment, là, du coup. Rester dans l’intellect… Rester dans l’intellect. Bien sûr, il y a la poésie mais je me sens si seul avec la poésie, en règle générale !...

C’est rarement fédérateur et encore moins festif, les poèmes. Je crois que ça restera donc un plaisir solitaire, pour moi. À tel point que je me demande si je n’aimerais mourir en pensant à quelques vers. Pas ceux qui vont manger les cadavres dans les cimetières puisque je serai incinéré mais à ceux qui m’ont fait vibrer toute ma vie durant, depuis ma plus tendre jeunesse.  Les bouts rimés, les vers libres, les sonnets et les calligrammes. Les haïkus et les poèmes en prose. Tous, je vous dis.

Bon, j’ai encore environ trois ans pour trouver une bonne idée pour ce futur éventuel trois-millième billet. J’ai toujours l’option champagne et feux d’artifice et si je n’ai pas d’autre idée d’ici-là, ça fera bien l’affaire. Ou alors, je n’ai plus du tout le sens de la fête. En tout cas, cette réflexion m’aura permis d’écrire le deux-mille-troisième billet sans trompette, ni fanfare. Et sans fleurs ni couronne. Je me demande si je ne suis pas arrivé à : il m’en faut peu pour être heureux.