Je vous jure que je n’y suis pour rien si Charles Aznavour est mort. D’abord parce que la police a conclu à une mort naturelle, dans son sommeil et donc, on ne peut pas la qualifier d’homicide. Ou alors, il faut s’attaquer à Morphée. Non, parce que moi, quand j’ai appris la nouvelle, hier en début d’après-midi, j’ai eu une bouffée de chaleur. Tu vas voir qu’ils vont croire que c’est moi. Que c’est à cause de moi, que je me suis dit. Oui, parce que je me tutoie, moi. Je ne vais pas faire de chichis entre moi. Et bien sûr, même si ça m’a un peu surpris, ça a dû se voir que je n’étais pas plus ému que ça. Comme pour le décès de Johnny Hallyday, il y a presque un an. Seulement ?

Bien sûr que j’ai également poussé un soupir de résignation et d’agacement subtilement mélangés car j’ai tout de suite réalisé qu’on n’avait pas fini d’en entendre parler. Que, en plus, il était invité dans C à vous, la semaine dernière et qu’il pétait la forme comme peut la péter un nonagénaire. Et moi, ce qui m’a aussi beaucoup surpris, c’est que je le croyais déjà mort plusieurs fois mais je m’étais trompé, ce sont peut-être ses adieux qu’il a faits plusieurs fois. Il y a des fois où je peux tout confondre, je suis capable d’être étourdi. Bien sûr que c’est triste quand un poète s’éteint mais il restera la flamme de son écriture, à tout jamais.

C’est beau, ce que je viens d’écrire, non ? Moi, Charles Aznavour, je l’ai beaucoup aimé mais j’ai totalement décroché à la fin des années 80 ou au début des années 90, ça se tient, tout ça. Et jamais, depuis, je ne me suis intéressé à lui. Il m’avait impressionné au Palais des Congrès en 1987, je m’en souviens très bien. J’ai adoré les années 60 et 70. Je suis descendu du train en marche, après. Et je n’ai pas fait comme lui : j’ai un peu oublié et je me suis laissé aller. Bon, je salue l’artiste. Je salue le poète. Et je salue quelques chefs-d’œuvre mais je ne peux rien dire de plus. Parce que trop d’autres vont beaucoup le faire pour moi et je ne voudrais pas contribuer à l’overdose.

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