Ce matin, j’ai repris mes habitudes du lundi, à 7h30, je suis sorti, il faisait à peine plein jour et encore un peu nuit, les rues étaient calmes, surtout les transversales car le cours Édouard  Vaillant, qui mène aux quais, commençait d’être bien occupé par des voitures aux phares allumés. Pour le traverser, il m’a fallu montrer patte blanche et ma carte de résident. Une fois cette espèce d’octroi franchi, je suis allé attendre un tram pour la place des Quinconces et là, je me suis retrouvé au milieu des autres.

Parmi eux, il y en avait beaucoup, une majorité, qui consultaient leur écran de téléphone, la tête baissée, des écouteurs aux oreilles, souvent. D’autres semblaient plus perdus dans leurs pensées. Positives ? Négatives ? Résignées ? Et rares étaient ceux qui lisaient. Qui un quotidien gratuit, qui un bouquin. Et moi, j’ai choisi cette dernière option. Resté debout, j’ai lu le premier chapitre d’un livre racheté car, pour la première fois de ma vie, je l’ai perdu la semaine dernière avant même de l’avoir lu. Remplacé, donc.

Je suis descendu aux Quinconces pour prendre les gratuits pour le président et ma correspondance pour aller place Paul Doumer afin d’y attraper le bus numéro 4 pour rejoindre chez moi via la boulangerie de mon quartier où on y fait de l’excellent véritable pain. Et j’ai terminé mon petit tour à pieds. Rentré à 8h20, je n’ai pas fait de bruit car le président dormait toujours et j’ai vaqué à deux ou trois occupations dont je voulais me débarrasser avant de me mettre devant la page blanche. Celle du premier jour d’octobre.

Et j’ai repensé à tous ces gens, dans le tram et à la correspondance de la place des Quinconces. À tous ces gens souvent obligés de courir pour ne pas être en retard à leur travail. À tous ces gens qui travaillent et moi pas. À tous ces gens dont je ne faisais pas partie. Et dont je ne ferai peut-être plus jamais partie, dans quelques mois. Oui, parce que ça y est, j’ai annoncé à mon énième nouveau directeur de site que je ne souhaitais pas rester. Que je pensais que l’entreprise pouvait très bien se passer de moi.

Donc, avec un peu de chance, le temps que les choses se fassent, s’organisent et aboutissent à un accord qui conviendra aux deux parties surtout la mienne, ce sont peut-être mes derniers lundis de salarié jusqu’à fin décembre. Et mes derniers lundis matins pour aller chercher les gratuits et le pain de bonne heure en tant que jours d’exception car tous les autres jours de la semaine seront comme les lundis matins de maintenant. Je me suis déjà senti ailleurs, tout à l’heure. Comme n’en faisant plus partie, des autres.